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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

Mobilisation locale contre "l’apéro facho" : quelques leçons d’un engagement se réclamant du Christianisme social.

dimanche 11 juillet 2010, par :

Par Stéphane Lavignotte

Un tam-tam qui résonne, une grande table avec
des victuailles de tous les pays amenées par les uns et les autres, puis des
prises de parole... Vendredi 9 juillet, devant l’Eglise catholique Saint
Bernard plus de 250 personnes ont participé au « pique-nique festif
antiraciste » organisé en réponse à « l’apéro pinard saucisson »
qu’avait tenté d’organiser l’extrême-droite – avant interdiction par la
préfecture – dans le quartier le 18 juin dernier. Interdit par peur des
affrontements avec les contre-manifestants, mais aussi avec les supporters de
l’équipe de foot d’Algérie qui allaient se rassembler ce soir-là au métro
Barbès tout près comme à chacun de ses matchs. Interdit aussi parce que sous
couvert d’une initiative « sympa », il s’agissait clairement d’une
initiative raciste islamophobe : les organisateurs entendaient dénoncer une
soi-disante islamisation du quartier au prétexte qu’une partie des fidèles de
la Mosquée Al Fath prient dans la rue chaque vendredi faute de place dans le
bâtiment...

Au lendemain de la mobilisation, plusieurs
leçons sont à tirer et peuvent intéresser des personnes se réclamant du
Christianisme social.

  • La première est le constat qu’une partie de la
    bagarre se situe au niveau des imaginaires. Les organisateurs de « l’apéro
    pinard saucisson » ont réussi à produire des images fortes : la France
    sympathique qui fait des apéros saucisson pinard, l’Islam menaçant qui mettrait
    en danger « nos » habitudes de convivialité et de liberté, une
    Islamisation de certains quartiers. Tout cela ne tient bien sûr pas la route,
    pas plus du côté de la définition de l’identité française (à cette aune la
    Croix bleu luttant contre l’alcoolisme et les végétariens seraient des agents
    de l’Anti-France) que de la réalité de la goutte d’or (voir l’article de
    Libération). Mais ces diverses images font paysages et pour ceux qui les
    intégrent, elles les placent à un certain endroit du paysage : ils se
    retrouvent dans un « eux » et « nous » ; « les
    français » v/s « les musulmans ». C’est donc aussi au niveau des
    imaginaires qu’il faut être aussi capable de répondre : être capable de faire
    image, paysage, traduire en imaginaire la réalité de nos quartiers diversifiés
    pour ceux qui n’y habitent pas, imaginaire qui peut donner une « image
    bonne », pas seulement d’un avenir souhaitable, mais du présent présent.
    Un paysage alternatif qui ne crée pas les frontières du « eux » et
    « nous » mais l’impression rassurante d’un « ensemble ». De
    ce point de vu, la réponse par un pique-nique plutôt que par un rassemblement
    traditionnel est un bon début. Mais dans la préparation, une difficulté est
    apparue : quel mot pour traduire cette réalité que nous défendons ? Les mots
    « diversité », « métissage », « multiculturel »
    ont été tellement malmenés dans les débats publics qu’ils n’arrivent plus à
    réunir. Un concept fédérateur reste à un inventé, et c’est crucial.
  • La seconde est le constat qu’il y a urgence - et
    je rejoins là Jean Baubérot - à sauver l’idée de laïcité. « L’apéro pinard
    saucisson » a été organisé par des mouvements d’extrême-droite alliés à un
    groupe très hétérogène nommé Riposte Laïque, réunissant des personnes venant de
    la gauche et de la droite souverainiste, répétant en petit les alliances
    étranges autour de Jean-Pierre Chevènement en 2002. Pour eux, la laïcité
    signifie d’abord la lutte contre le « péril musulman ». Le risque est
    alors de retomber dans les mêmes erreurs que lors de l’apparition du Front
    National : croire qu’ils apportent de mauvaises réponses à de bonnes questions.
    Or, si les réponses sont assurément mauvaises, la façon de poser les questions
    sont biaisées, et qui ne le voit pas risque de tomber dans leur piège et ouvrir
    la porte à leur cheval de Troie. Ainsi est symptomatique la position d’Alexis
    Corbières, élu parisien du Parti de Gauche, organisation pourtant au coeur de
    la mobilisation contre l’apéro facho avec le NPA et la LDH. Dans un article de
    l’Humanité : « Depuis plusieurs années, chaque vendredi, des centaines de
    personnes prient dans la rue. Lors de ces prières publiques qui bloquent des
    rues, la laïcité n’est pas respectée, c’est une évidence. Il y a là un problème
    réel qui n’a que trop duré ». Il feint d’ignorer ce qu’il a entendu lors de la
    conférence de presse unitaire où des militants du 18e ont expliqué que c’était
    par manque de place, et non par volonté démonstrative, que ces prières ont lieu
    dans la rue, et qu’un projet est en route pour un bâtiment plus grand. Ensuite
    que non, c’est le contraire d’une évidence que la laïcité ne serait pas là
    respectée dans cette situation : la loi de 1905 pose la liberté de culte,
    l’article 10 a déclaration des droits de l’homme de 1789 que " nul ne doit être
    inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne
    trouble pas l’ordre public établi par la Loi." Toute liberté d’opinion, donc y
    compris la religion, va avec la liberté d’expression publique, sinon c’est de
    l’intime et il n’y pas besoin de loi pour la protéger. C’est pourquoi sont
    légales les processions catholiques, le défilé de Ganesh, la Marche pour Jésus,
    le défilé des Khrishnas... et donc la prière dans la rue peut poser problème
    légalement du point de vu de la gêne automobile, du trouble à l’ordre public,
    pas de l’expression publique de la foi... Nous avons là une illustration de
    l’inquiétude que nous partagions dans l’appel à la relance du Christianisme
    social : « Le détournement de la laïcité au profit de logiques d’exclusion
    nous incite à défendre et inventer un espace public riche qui n’a pas peur du
    conflit et de la différence. » Cela montre aussi qu’au sein de la gauche,
    la laïcité de Jaurès et Briand, celle de la loi de 1905 qu’on soutenu les
    protestants, reste à réexpliquer et à reconstruire pour aujourd’hui. Ce
    travail, il va continuer localement dans le collectif « Agir ensemble
    contre le racisme » qui est né de la mobilisation : un travail qui promet
    d’être riches notamment avec la Ligue des droits de l’homme, les militants de
    la jeune génération ou le philosophe Pierre Tévanian.
  • La bonne nouvelle dans tout cela, est la façon
    dont se sont déroulées les préparations. Dès la première réunion, qui comme
    toutes les suivantes ont eu lieu à la Fraternité Mission populaire de La Maison
    verte, j’étais présent comme pasteur du lieu, comme était présent le prêtre de
    l’église Saint Bernard. Ces présences de lieux religieux engagés dans leur
    quartier n’ont à aucun moment posé problème et au contraire, l’invitation faite
    par le Ligue des droits de l’homme à l’élargissement à d’autres représentants
    de spiritualités a été bien accueillie. Plus largement, les organisateurs, en
    premier lieux les représentants du Parti de Gauche comme du NPA, des militants
    plutôt jeunes, interrogés directement quant à savoir si cette
    « alliance » ne leur posait pas problème, semblaient presque surpris
    de la question. Cela montre sans doute que l’engagement des croyants issus de
    lieux connus pour leur investissement dans leur quartier ne pose pas de
    problème, mais plus généralement, qu’une partie de la gauche ne se laisse pas
    piéger par les discours qui mettent tous les croyants dans le même sac. En
    revanche, la réponse des lieux de culte a été faible, ce qui n’est pas étonnant
     : en dehors de La Maison verte, les autres lieux ont hésité à signer à côté de
    partis politiques, malgré la présence d’associations comme RESF ou la
    LDH...

Comme souvent, c’est de notre manque de foi que
nous devons le plus nous défier...

Stéphane Lavignotte, pasteur et directeur de La
Maison verte (Mission populaire évangélique, Paris 18e)

  • #1 Le 12 juillet 2010 à 20:53

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