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	<title>...Se r&#233;clamant du christianisme social</title>
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		<title>...Se r&#233;clamant du christianisme social</title>
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		<title>Fragile universel</title>
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		<dc:creator>Bernard Piettre</dc:creator>


		<dc:subject>Vivre ensemble</dc:subject>

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&lt;p&gt;Lorsque les premiers missionnaires venus d'Espagne en Am&#233;rique latine se sont efforc&#233;s de conna&#238;tre les langues des autochtones, dans diverses r&#233;gions du continent, en vue de se donner les moyens de p&#233;n&#233;trer les &#226;mes de ceux et de celles qu'ils voulaient convertir &#224; la &#171; vraie &#187; religion, ils se sont heurt&#233;s &#224; une difficult&#233; majeure : ils ne rencontraient pas dans les langues locales le terme &#171; homme &#187;, au sens g&#233;n&#233;rique du terme, pas plus que le terme &#171; animal &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est ce que rapporte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://christianismesocial.org/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;Vivre ensemble&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://christianismesocial.org/local/cache-vignettes/L101xH150/universel_01-952e1.png?1786111236' class='spip_logo spip_logo_right' width='101' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lorsque les premiers missionnaires venus d'Espagne en Am&#233;rique latine se sont efforc&#233;s de conna&#238;tre les langues des autochtones, dans diverses r&#233;gions du continent, en vue de se donner les moyens de p&#233;n&#233;trer les &#226;mes de ceux et de celles qu'ils voulaient convertir &#224; la &#171; vraie &#187; religion, ils se sont heurt&#233;s &#224; une difficult&#233; majeure : ils ne rencontraient pas dans les langues locales le terme &#171; homme &#187;, au sens g&#233;n&#233;rique du terme, pas plus que le terme &#171; animal &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est ce que rapporte par exemple Alexandre Surall&#232;s, anthropologue, sp&#233;cialiste de l'Amazonie, dans un livre r&#233;cent, La raison lexicographique (Fayard, 2023). L'id&#233;e d'une unit&#233; de l'humanit&#233;, gouvern&#233;e par un seul Dieu, et par l&#224; m&#234;me de l'unicit&#233; d'une religion &#224; vocation universelle, n'avait donc rien d'une id&#233;e inn&#233;e. Pourtant Descartes, &#224; la suite de saint Anselme et d'autres th&#233;ologiens m&#233;di&#233;vaux, pensait trouver dans la pr&#233;sence de l'id&#233;e de Dieu en l'&#226;me de tout homme la preuve de Son existence. Leibniz s'&#233;tait int&#233;ress&#233; aux r&#233;cits des j&#233;suites qui s'&#233;taient rendus en mission jusqu'en Chine, et qui disaient leur admiration pour la spiritualit&#233; des Chinois convaincus au moins de l'existence d'une puissance surnaturelle et de l'immortalit&#233; de l'&#226;me. Leibniz r&#234;vait non seulement d'une r&#233;conciliation entre catholiques et protestants (il &#339;uvra politiquement en ce sens dans l'Europe de son temps), mais encore d'une unit&#233; de toutes les religions, comme il avait r&#234;v&#233; d'une langue universelle (d'une &#171; caract&#233;ristique universelle &#187;) permettant de dissiper tous les malentendus provenant de la diversit&#233; des langues.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'id&#233;e de l'unit&#233; de l'humanit&#233; et de l'universalit&#233; de sa condition ne soit en rien inn&#233;e ni naturelle, mais constitue une conqu&#234;te progressive de l'humanit&#233;, nous pouvons ais&#233;ment l'admettre, aussi chr&#233;tiens que nous soyons, m&#234;me si certains traditionalistes ou &#8220;&#233;vang&#233;liques&#8221; ont encore de mal &#224; int&#233;grer la d&#233;couverte de la dimension historique d'une humanit&#233; en devenir (et donc de la religion chr&#233;tienne elle-m&#234;me), en particulier apr&#232;s l'&#233;mergence de la th&#233;orie darwinienne de l'&#233;volution. Il a fallu que des peuples &#233;loign&#233;s g&#233;ographiquement &#8211; et culturellement &#8211; se rencontrent, commercent, voire se fassent la guerre, &#8220;&#233;changent des femmes&#8221;, pour qu'&#233;merge l'id&#233;e que le ou la membre d'un peuple lointain puisse &#234;tre autant un homme ou une femme que peut l'&#234;tre l'homme ou la femme du peuple auquel on appartient soi-m&#234;me. Que les langues diverses &#224; travers le monde, d&#232;s la pr&#233;histoire, poss&#232;dent les mots permettant de distinguer un gar&#231;on d'une fille, un homme au sens masculin du terme d'une femme, cela ne fait gu&#232;re de doute, mais qu'elles poss&#232;dent toutes un mot pour d&#233;signer l'homme au sens du genre humain, voil&#224; qui ne va nullement de soi, comme les missionnaires espagnols au XVIe si&#232;cle l'ont d&#233;couvert, et les anthropologues &#224; leur suite. Aujourd'hui encore nous serions tent&#233;s de penser, comme devaient le penser ces m&#234;mes missionnaires, m&#234;me les plus ouverts et les plus g&#233;n&#233;reux d'entre eux, que la r&#233;v&#233;lation du Dieu de J&#233;sus-Christ aupr&#232;s des peuples indig&#232;nes du Nouveau Monde, avait d&#251; amener un progr&#232;s d&#233;cisif dans leur &#233;ducation spirituelle, pour ne pas dire dans leur venue &#224; la civilisation ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Mais monoth&#233;isme et universalisme vont-ils n&#233;cessairement de pair ?&lt;/strong&gt; Nous avons tendance &#224; penser un peu rapidement que le juda&#239;sme a apport&#233; un &#233;l&#233;ment absolument novateur dans l'histoire, pr&#233;cis&#233;ment, de &#8220;la&#8221; civilisation : &#224; savoir l'id&#233;e d'un Dieu unique cr&#233;ateur du genre humain. Unicit&#233; de Dieu et unit&#233; de l'humanit&#233; iraient n&#233;cessairement ensemble. C'est oublier que le Dieu unique Aton bri&#232;vement impos&#233; par le pharaon Akh&#233;naton 14 si&#232;cles avant notre &#232;re restait le Dieu du peuple &#233;gyptien : le &#8220;monoth&#233;isme&#8221; que voulait instaurer Akh&#233;naton &#233;tait en fait un h&#233;noth&#233;isme et s'inscrivait dans un contexte polyth&#233;iste &#8211; &#224; chaque peuple son ou ses Dieu(x). Or il faut bien reconna&#238;tre que le Dieu des Juifs, dont certains ont cru pouvoir faire d&#233;river le concept de celui d'Akh&#233;naton, &#233;tait aussi le Dieu d'un peuple parmi d'autres peuples. Et qu'il s'agissait pour les Juifs que leur Dieu l'emport&#226;t sur celui de leurs voisins. Que l'on trouve dans de pr&#233;cieux passages bibliques une conception universaliste de l'humanit&#233;, soit ; encore faut-il admettre que cette conception ne s'est pas impos&#233;e d'embl&#233;e et que la concurrence de l'inflexion ethnocentr&#233;e ou nationaliste n'a jamais cess&#233;, jusqu'&#224; nos jours. On &#233;voque souvent le D&#233;calogue comme une loi de port&#233;e universelle. Mais les quatre premiers commandements concernent la fa&#231;on dont le peuple juif doit sp&#233;cifiquement honorer son Dieu, le premier &#233;tant &#8220;Tu n'auras pas d'autre Dieu que moi&#8221;. Ce sont les commandements suivants dont on peut dire qu'ils rev&#234;tent une valeur universelle. &lt;br class='autobr' /&gt; N&#233;anmoins, depuis le retour de l'exil &#224; Babylone, une inflexion universaliste du juda&#239;sme prend forme peu &#224; peu. Le Talmud de Babylone ajoute aux dix commandements de Mo&#239;se les sept lois &#8220;noahides&#8221; qui s'adressent &#224; toute l'humanit&#233; : car Dieu, en faisant alliance avec No&#233; &#224; la sortie du D&#233;luge, fait alliance avec celui qui a recueilli dans son arche les repr&#233;sentants de toutes les esp&#232;ces vivantes cr&#233;&#233;es par Dieu, No&#233; et les siens &#233;tant eux-m&#234;mes les repr&#233;sentants de toute l'humanit&#233; subsistante. Les sept lois noahides, selon le Talmud, interdisent l'idol&#226;trie, le blasph&#232;me, l'assassinat, l'adult&#232;re, le vol, la consommation d'un animal vivant, et obligent &#224; la cr&#233;ation de tribunaux pour d&#233;livrer la justice. Elles s'adressent &#224; tout homme &#8211; Jacob et sa descendance n'appara&#238;tront que bien plus tard &#8211;, comme si elles contenaient les prescriptions fondamentales d'une morale universelle. Il y a donc bien eu une &#233;volution du juda&#239;sme, d'abord excluant les autres nations de la relation privil&#233;gi&#233;e que &#8220;son&#8221; Dieu avait instaur&#233;e avec &#8220;son &#8221; peuple, puis revendiquant l'inclusion de toutes les nations. On lit dans le Deut&#233;ronome (6, 14-15) : &#8220;Ne suivez pas d'autres nations qui vous entourent, car c'est un Dieu jaloux que Yahv&#233; ton Dieu qui r&#233;side au milieu de toi&#8221;, ou encore (en 6, 22) &#8220;C'est peu &#224; peu que Yahv&#233; ton Dieu d&#233;truira ces nations devant toi&#8221;. Mais on lit dans le discours eschatologique du dernier Isa&#239;e (66, 18) : &#8220;Et moi je viens rassembler les nations de toutes les langues. Elles viendront voir ma gloire&#8221; Et Isa&#239;e de pr&#233;ciser (66, 19) que Dieu enverra des gens du peuple &#233;lu &#8220;vers les &#238;les lointaines qui n'ont pas entendu parler de moi et n'ont pas vu ma gloire. Et ils r&#233;v&#233;leront ma gloire aux nations&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Peut-on dire alors que c'est le christianisme qui a comme consacr&#233; une &#233;volution d&#233;j&#224; existante du juda&#239;sme vers un message &#233;thique et th&#233;ologique &#224; vocation universelle ? &lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ce que nous aurions tendance &#224; affirmer, en disciples chr&#233;tiens de Paul, ou en descendants des fid&#232;les des premi&#232;res communaut&#233;s chr&#233;tiennes que Paul a contribu&#233; &#224; former. Nous connaissons ces mots d&#233;cisifs de la lettre aux Galates (3,28) : &#8220;Il n'y a plus ni Juif, ni Grec ; il n'y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n'y a plus l'homme et la femme ; car tous, vous n'&#234;tes qu'un en J&#233;sus Christ.&#8221; Le message &#233;vang&#233;lique rev&#234;t clairement une dimension universelle d&#232;s lors qu'il s'adresse &#224; toutes les nations, de toutes les langues, comme le symbolise la Pentec&#244;te, et non &#224; une nation particuli&#232;re ; et ce &#224; l'&#233;poque o&#249; Grecs puis Romains avaient contribu&#233; &#224; donner prosa&#239;quement aux peuples qu'ils ont domin&#233;s (apr&#232;s les conqu&#234;tes d'Alexandre en particulier) le sentiment de partager une unit&#233; effective, dont la philosophie grecque, et notamment sto&#239;cienne, avait pris acte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Certes l'histoire du peuple h&#233;breu est un jalon d&#233;cisif dans l'av&#232;nement de la perspective d'un salut universel propos&#233; &#224; l'humanit&#233;, ou du moins de son esp&#233;rance. Et ce parce que l'esp&#233;rance est l'effet de la foi, et qu'Abraham est le mod&#232;le de l'homme de foi. C'est ce que souligne judicieusement Alain Badiou dans son livre consacr&#233; &#224; Paul (Saint Paul, la fondation de l'universalisme chr&#233;tien, Puf, 1997) : &#8220;On voit qu'Abraham est d&#233;cisif pour Paul, parce qu'il a &#233;t&#233; &#233;lu par Dieu pour sa foi seule, avant la loi (laquelle fut grav&#233;e par Mo&#239;se, note Paul, quatre cent trente ans plus tard) ; ensuite parce que la promesse qui accompagne son &#233;lection porte sur toutes les nations, et non sur la seule descendance juive.&#8221; &lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, Paul &#233;crit (Galates, 3 5-8) &#8220;Nous estimons en effet que l'homme est justifi&#233; par la foi, ind&#233;pendamment des &#339;uvres de la loi. Ou alors, Dieu serait-il seulement le Dieu des Juifs ? N'est-il pas aussi le Dieu des pa&#239;ens ? Si ! il est aussi le Dieu des pa&#239;ens, puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu qui va justifier les circoncis par la foi et les incirconcis par la foi.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous voil&#224; rassur&#233;s, nous protestants, sur l'universalit&#233; du message chr&#233;tien&lt;/strong&gt; &#8211; universalit&#233; qui a pour origine et pour ferment la foi, et non le cadre impos&#233; par l'institution d'une &#201;glise telle que son autorit&#233; s'est impos&#233;e &#224; travers ce qui subsistait de l'administration de l'Empire romain, ainsi qu'&#224; travers une s&#233;rie de conciles permettant non sans mal d'assurer une dogmatique unifi&#233;e. &#8220;Catholique&#8221; en grec signifie pr&#233;cis&#233;ment &#8220;universel&#8221;. Kat' holon (du point de vue du tout) est le terme employ&#233; par Aristote pour d&#233;signer la cat&#233;gorie logique de l'universel, par opposition &#224; &#8220;particulier&#8221; et &#8220;singulier&#8221; : l'universel d&#233;signant la totalit&#233; des individus d'une esp&#232;ce, d'un genre d&#233;termin&#233;(e), le particulier d&#233;signant un ensemble d'individus d'une esp&#232;ce, d'un genre d&#233;termin&#233;(e), le singulier d&#233;signant un individu. Ainsi les chr&#233;tiens protestants, fid&#232;les &#224; l'enseignement de Paul, auraient la vraie conception th&#233;ologique du &#8220;catholique&#8221;, c'est-&#224;-dire de l'universel : un universel qui s'enracine non dans une institution qui r&#233;git, sanctifie, excommunie&#8230;, mais dans la foi, dans une foi personnelle : j'atteins Dieu cr&#233;ateur de l'univers, cr&#233;ateur de l'ensemble des humains sur la terre, en le cherchant au plus profond de moi-m&#234;me, au contact de la Parole. &#8220;Dieu m'est plus intime &#224; moi que moi-m&#234;me&#8221;, disait saint Augustin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le christianisme, dans sa version protestante en particulier, serait-il alors le seul d&#233;tenteur d'un message &#233;thique universel cons&#233;quent et d&#233;cisif ? Or nous savons que non seulement les juifs qui mettent en avant les lois noahides, mais aussi les musulmans, et bien s&#251;r aussi les bouddhistes, sans parler des disciples de Zoroastre et d'autres figures spirituelles et morales de l'humanit&#233;, sont en droit de revendiquer la capacit&#233; de s'adresser &#224; tout homme, quel qu'il soit. Le christianisme n'a pas le privil&#232;ge de l'universalit&#233;. L'islam en particulier se veut une religion aussi universaliste que le christianisme. Allah a envoy&#233; son proph&#232;te Muhammad pour qu'il avertisse tous les hommes : m&#234;me affirmation d'un Dieu unique et d'une unit&#233; de l'humanit&#233; sous le m&#234;me Dieu. Que des universalismes soient non seulement pluriels, mais en outre susceptibles de s'opposer, de s'exclure mutuellement, pose un redoutable probl&#232;me. Car la communaut&#233; de l'&#201;glise universelle (qui regrouperait toutes les variantes de la chr&#233;tient&#233;) comme la communaut&#233; de l'Umma suppose un dedans et un dehors : soit on en est membre, soit on n'en est pas membre ; membre de l'une, membre de l'autre, ou membre ni de l'une ni de l'autre. L'universalisme ainsi entendu exclut tout autant qu'il int&#232;gre.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Mais l'universalisme est une chose, l'universel en est une autre&lt;/strong&gt;, si par universalisme on entend la pr&#233;tention d'imposer une certaine id&#233;e de l'universel au reste de l'humanit&#233; qui l'aurait ignor&#233;e. En ce sens enseigner l'&#201;vangile ou le Coran &#224; des populations enti&#232;res qui les ignoraient font des religions chr&#233;tiennes et musulmanes, non seulement des religions pros&#233;lytes, mais encore des religions universalistes. Peut-on opposer &#224; cet universalisme l'id&#233;e que c'est une foi personnelle, venant du fond de l'&#226;me, qui m'&#233;l&#232;ve &#224; Dieu ou du moins qui m'engage, comme nous le disions plus haut en nous r&#233;f&#233;rant &#224; Paul ? Cette foi ne m'est pas impos&#233;e de l'ext&#233;rieur, simplement par le poids de la coutume et de la tradition. Christianisme et islam ont en commun de faire de la fid&#233;lit&#233; &#224; Dieu le socle de la pi&#233;t&#233; ainsi que de l'amour du prochain ; en ce sens ils ont un mod&#232;le commun : la figure d'Abraham. Ce n'est pas pour rien que les trois religions &#8220;monoth&#233;istes&#8221; sont dites abrahamiques. Or, ma foi personnelle n'implique nullement l'exclusion d'un autre homme dont la foi s'inscrit dans une communaut&#233; religieuse diff&#233;rente de la mienne ; foi et fanatisme sont incompatibles, si pr&#233;cis&#233;ment ma foi m'&#233;l&#232;ve quelque peu &#224; l'universel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Se pose en r&#233;alit&#233; une question non seulement th&#233;ologique, mais simplement philosophique. &#192; l'&#233;poque des Lumi&#232;res &#233;merge l'id&#233;e d'une religion universelle (qui n'&#233;tait d&#233;j&#224; pas &#233;trang&#232;re &#224; Leibniz), d'une &#8220;religion naturelle&#8221;, qui repose justement sur la notion de foi personnelle, comme en t&#233;moignent par exemple la &#8220;profession de foi du vicaire savoyard&#8221; chez Rousseau, dans l'&#201;mile, ou la philosophie morale de Kant, en particulier dans son ouvrage La religion dans les limites de la simple raison. Mais l'id&#233;e d'une foi personnelle &#233;manant de la raison d&#233;fendue par Kant est un paradoxe insoutenable. Il y a bien une folie de la foi, comme le souligne Paul : la sagesse des hommes est folie aux yeux de Dieu, la sagesse de Dieu est folie aux yeux des hommes (1 Corinthiens 1,25). Et l'on peut ici donner raison &#224; Pascal : &#8220;C'est le c&#339;ur qui sent Dieu et non la raison. Voil&#224; ce qu'est la foi : Dieu sensible au c&#339;ur non &#224; la raison&#8221;. (Pens&#233;es, &#167; 277, &#233;d. Brunschvicg). Faut-il alors placer l'universel du c&#244;t&#233; du c&#339;ur, de la sensibilit&#233; ? Ce serait cette fois donner raison &#224; Rousseau contre Kant. Mais les termes &#171; sensibilit&#233;&#8221; et &#8220;sens moral&#8221; restent bien vagues chez Rousseau. D'ailleurs Pascal mettait l'accent sur la gr&#226;ce, comme si notre sensibilit&#233; &#224; Dieu relevait d'un don surnaturel, alors que la sensibilit&#233; qu'&#233;voque Rousseau n'est jamais qu'un don de la nature. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;En r&#233;alit&#233; il manque un &#233;l&#233;ment essentiel &#224; ce bref parcours philosophique&lt;/strong&gt; qui fait dialoguer Kant, Rousseau et Pascal, sans parler de Leibniz. Cet &#233;l&#233;ment nous vient des travaux anthropologiques du XIXe et du XXe si&#232;cle : &lt;strong&gt;il s'agit de la culture&lt;/strong&gt;. Un auteur comme Humboldt, d&#232;s le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, enrichit consid&#233;rablement l'approche des langues (l'&#233;tude de la langue &#233;tait purement logique et rationnelle chez Leibniz ou chez les grammairiens classiques), pour en souligner la diversit&#233; irr&#233;ductible &#224; l'unit&#233; : cette diversit&#233; participe de leur richesse symbolique. Il existe des langues, il n'existera jamais une langue universelle comme en r&#234;vait Leibniz. Or, de m&#234;me, il n'existera jamais une religion universelle, qui serait le comble d'une dystopie. Il est de fait impossible de s&#233;parer ce que nous avons appel&#233; foi personnelle (foi int&#233;rieure) de son inscription dans un contexte socio-historique et culturel donn&#233;. Si je nais au Maroc, en Irak, je nais probablement musulman. Et si foi il y a, si engagement personnel envers Dieu il y a, ce sera celui qu'inspire une &#233;ducation musulmane. Si je nais en France, en Italie, en Allemagne, etc., il y a des chances que je naisse dans une famille catholique, et je serai alors baptis&#233;, cat&#233;chis&#233;, etc. La remarque est banale, oui. Mais ne faut-il pas enfoncer des portes ouvertes quand le sectarisme et le communautarisme menacent, encore et toujours, nos soci&#233;t&#233;s pourtant plurielles ?&lt;br class='autobr' /&gt; De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'universalisme occidental &#8211; et Kant en est un &#233;minent repr&#233;sentant &#8211; repose sur l'id&#233;e que c'est par la raison qu'un individu acquiert son autonomie, pense par lui-m&#234;me et ainsi acc&#232;de &#224; l'universel &#8211; que cet universel soit celui des lois scientifiques de la nature, ou d'une loi morale r&#233;gissant l'humanit&#233; enti&#232;re, ou encore celui des droits fondamentaux de la personne humaine, voire celui d'une croyance rationnelle en un Dieu qui a cr&#233;&#233; le monde et qui r&#233;compensera les justes dans l'au-del&#224;. Mais un individu ne devient &#171; raisonnable &#187; qu'&#224; travers et gr&#226;ce &#224; une &#233;ducation particuli&#232;re, historiquement et culturellement marqu&#233;e. Tout ce que Kant met sous le nom de Dieu, et m&#234;me sous le terme de dignit&#233; de la personne, il le doit &#224; son &#233;ducation chr&#233;tienne (pi&#233;tiste). De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, l'individu est une abstraction. L'id&#233;e d'un individu rationnel ou raisonnable &#171; supra-culturel &#187; est une abstraction tr&#232;s probl&#233;matique. Des individus d&#233;cultur&#233;s, c'est ce que la gouvernance mondiale des g&#233;ants du num&#233;rique aujourd'hui voudrait imposer &#224; l'humanit&#233;, pour le pire et non pour le meilleur. Mais mondial et universel ne sont pas synonymes. L'universalit&#233; de la condition humaine rime avec diversit&#233;. La diversit&#233; culturelle est irr&#233;ductible &#224; l'unit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Or, sur un plan th&#233;ologique, le fait que le Dieu du monoth&#233;isme nous aide &#224; penser &lt;strong&gt;l'unit&#233; de l'humanit&#233;&lt;/strong&gt; ne doit pas nous faire oublier que cette unit&#233; &lt;strong&gt;inclut une diversit&#233; infinie&lt;/strong&gt; &#8211; ce que symbolise parfaitement l'&#233;pisode biblique de la tour de Babel (Gen&#232;se 11 1-9). Le Coran aussi le rappelle (sourate 30,12) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Et parmi Ses signes [il y a] la cr&#233;ation des cieux et de la terre et la vari&#233;t&#233; de vos idiomes et de vos couleurs. Il y a en cela des preuves pour des gens dot&#233;s de savoir.&#8221; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ou encore (sourate 5,48) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Si Dieu l'avait voulu, il aurait fait de vous une seule communaut&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il a voulu vous &#233;prouver par le don qu'il vous a fait.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le Dieu de l'&#201;vangile nous enseigne que l'amour de Dieu est ins&#233;parable de l'amour du prochain. Or quel est notre prochain ? J&#233;sus r&#233;pond &#224; cette question par la parabole du bon Samaritain (Luc 10, 25-37). Le prochain, ce peut &#234;tre le plus &#233;loign&#233;, du l&#233;preux &#224; la Samaritaine en passant par la Syro-ph&#233;nicienne ou le collecteur d'imp&#244;ts ; c'est aussi l'ennemi que nous devons savoir aimer, car &#171; si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle r&#233;compense m&#233;ritez-vous ? &#8221; (Matthieu 5, 46). &lt;strong&gt;S'&#233;lever &#224; l'universel c'est peut-&#234;tre s'&#233;lever &#224; la compr&#233;hension de cette formule de Derrida : &#8220;Tout autre est tout autre&#8221;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://www.atlande.eu/coup-de-gueule-et-engagement/1268-l-universel-en-question-9782384280353.html" class="spip_out"&gt;L'universel en question&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'universalisme entre humanisme et totalitarisme ? </title>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Rive</dc:creator>


		<dc:subject>Vivre ensemble</dc:subject>
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&lt;p&gt;Autrement dit : y a-t-il des valeurs universelles spontan&#233;ment partageables par toutes les cultures, sans coercition aucune ? Ou encore : peut-il y avoir un &#171; humanisme universaliste &#187; ou celui-ci est-il n&#233;cessairement vou&#233; au totalitarisme ? Conf&#233;rence donn&#233;e par le Pasteur Jean-Pierre Rive dans le cadre du Festival &#171; Les Chemins de Tol&#233;rance &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; L'universalisme est une notion qui plonge ses racines aux confins de l'histoire de l'humanit&#233;. Prisonnier d'un point de vue unique, celui de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://christianismesocial.org/spip.php?mot13" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Autrement dit : y a-t-il des valeurs universelles spontan&#233;ment partageables par toutes les cultures, sans coercition aucune ? Ou encore : peut-il y avoir un &#171; humanisme universaliste &#187; ou celui-ci est-il n&#233;cessairement vou&#233; au totalitarisme ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Conf&#233;rence donn&#233;e par le Pasteur Jean-Pierre Rive dans le cadre du Festival &#171; Les Chemins de Tol&#233;rance &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'universalisme est une notion qui plonge ses racines aux confins de l'histoire de l'humanit&#233;. Prisonnier d'un point de vue unique, celui de la civilisation occidentalis&#233;e, je n'envisagerai pas les cultures d'Extr&#234;me-Orient (l'Inde, la Chine, le Japon) qui tout en s'&#233;tant occidentalis&#233;es d&#233;veloppent souvent une vision du Monde qui nous demeure parfaitement &#233;trang&#232;re. Tout d'abord, mes regards se porteront maintenant sur ce qui, aujourd'hui, dans nos territoires, ressort d'un h&#233;ritage jud&#233;o-chr&#233;tien ou gr&#233;co romain, ce que Pierre Legendre appelle le &#171; monument ou le montage romano- canonique occidental &#187;. C'est-&#224;-dire tous ces h&#233;ritages pr&#233;cit&#233;s qui ont eu pour relais le grand syst&#232;me intellectuel et juridique fa&#231;onn&#233; par l'&#201;glise catholique romaine jusqu'au XVIe si&#232;cle (rappelons ici que le grec &#171; catholikos &#187;, traduit en latin par &#171; universalis &#187;, veut dire &#171; qui est g&#233;n&#233;ral, valable partout &#187;, par opposition &#224; la formule &#171; pas tr&#232;s catholique &#187;, signifiant &#171; ce qui est &#233;trange et ne nous ressemble pas &#187;). Alors bien s&#251;r, cet h&#233;ritage a des racines anciennes dans des textes bibliques dont certains ont &#233;t&#233; produits il y a environ 3000 ans. Notons d'ores et d&#233;j&#224; ce texte de la Gen&#232;se qui &#233;voque, en la personne d'Adam et &#200;ve, l'unit&#233; d'une humanit&#233; issue d'une seule et m&#234;me souche &#224; la reproduction ininterrompue, et t&#233;moigne de la croyance en un genre humain unique. Soulignons au passage que cette croyance va souvent de pair avec celle d'un Dieu Cr&#233;ateur unique, que l'on trouve dans des textes ant&#233;rieurs &#224; la tradition biblique dans les milieux perses, &#233;gyptiens&#8230; t&#233;moignant d'une activit&#233; d'&#233;changes commerciaux et culturels dans cette partie du Bassin m&#233;diterran&#233;en qui va de l'&#201;gypte au Croissant fertile en passant par le Sina&#239; et la Palestine. Notons d'embl&#233;e que cette unit&#233; fortement affirm&#233;e et revendiqu&#233;e par ces t&#233;moignages anciens est en revanche r&#233;guli&#232;rement affich&#233;e par ces m&#234;mes r&#233;cits mythologiques comme ayant &#233;t&#233; syst&#233;matiquement contrari&#233;e, voire bris&#233;e par les comportements de ses b&#233;n&#233;ficiaires, brisure qui &#224; son tour est regard&#233;e comme r&#233;parable par certains h&#233;ros arch&#233;typaux. Il nous faut insister sur cela, car tr&#232;s certainement nous ne sommes jamais sortis de ce triptyque qui, s&#233;cularis&#233;, sera repris aussi bien par les Lumi&#232;res, la R&#233;volution fran&#231;aise et m&#234;me le marxisme l&#233;niniste, &#224; savoir : &lt;br class='autobr' /&gt;
1) une humanit&#233; unie, bonne et sans tache ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2) une humanit&#233; divis&#233;e par le p&#233;ch&#233;, l'erreur, l'obscurantisme, l'ali&#233;nation &#233;conomique et politique ; &lt;br class='autobr' /&gt;
3) une humanit&#233; r&#233;concili&#233;e par la R&#233;demption, les lumi&#232;res de la Raison, l'&#233;mancipation, le Bonheur pour tous par la R&#233;volution (Saint-Just), et ceci pour toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte biblique source de ce sch&#233;ma, c'est le r&#233;cit de la Chute, suivie du meurtre d'Abel par Ca&#239;n son fr&#232;re. C'est ainsi que, tr&#232;s t&#244;t, notre histoire, les r&#233;cits qui ponctuent notre culture occidentale, sont marqu&#233;s par la certitude d'une humanit&#233; originelle, universelle, partag&#233;e harmonieusement par tous, mais entach&#233;e syst&#233;matiquement de conflictualit&#233;. Remarquons que cette conflictualit&#233; conna&#238;t des rebondissements variables : &lt;br class='autobr' /&gt;
1) avec No&#233;, un d&#233;luge, un an&#233;antissement et une nouvelle b&#233;n&#233;diction pour une humanit&#233; nouvelle n&#233;e du seul juste miraculeusement sauv&#233; ; &lt;br class='autobr' /&gt;
2) l'&#233;pisode de la Tour de Babel &#233;voque en revanche l'&#233;chec d'une humanit&#233; qui, non satisfaite de son unit&#233;, dans une d&#233;mesure h&#233;g&#233;monique et totalitaire, veut accaparer la toute puissance suppos&#233;e et convoit&#233;e qui r&#233;side dans le Ciel et &#233;choue lamentablement ; &lt;br class='autobr' /&gt;
3) il nous faut bien s&#251;r &#233;voquer ici le personnage d'Abraham, p&#232;re d'Isma&#235;l et d'Isaac, anc&#234;tre d'une multitude en qui toutes les Nations sont b&#233;nies, donc acteur d'une unit&#233; r&#233;affirm&#233;e..., &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais qui d&#233;marre, il est important de le souligner, c'est tr&#232;s significatif, par un exil, un d&#233;part ; c'est-&#224;-dire que pour atteindre cette universalit&#233; heureuse, il faut sortir, faire un &#233;cart, se d&#233;centrer, aller ailleurs, pour d&#233;couvrir et se laisser d&#233;couvrir par une alt&#233;rit&#233; et ainsi se retrouver soi-m&#234;me en v&#233;rit&#233;. Il y a l&#224; un universalisme, non pas surplombant, mais hospitalier &#224; toutes les diff&#233;rences qu'un grand p&#232;lerinage permet de rencontrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, pour terminer ce tour d'horizon de nos h&#233;ritages, comment ne pas d'arr&#234;ter un instant sur le Message de l'ap&#244;tre Paul qui, alors que l'empire romain s'appr&#234;te &#224; d&#233;ployer un universalisme imp&#233;rial h&#233;g&#233;monique assis sur le rapport de force, et impose une id&#233;ologie qui tend &#224; universaliser la langue, l'&#233;ducation, la culture, lui, Paul, affirme en contrepoint que dor&#233;navant il n'y a plus ni juif, ni grec, ni homme, ni femme, ce qui fait dire &#224; Alain Badiou, auteur marxiste d'extr&#234;me gauche, que Paul est le P&#232;re de l'universalisme tel que nous le concevons dans notre modernit&#233;. Au premier si&#232;cle de notre &#232;re deux universalismes vont s'affronter : l'universalisme romain imp&#233;rial (une langue, une culture, des institutions similaires, un forum, un th&#233;&#226;tre, des ar&#232;nes, des thermes &#8230; ) et un universalisme paulinien, fait d'une diversit&#233; assum&#233;e et fond&#233;e sur l'hospitalit&#233; : donner et recevoir et s'entendre avec l'autre quelle que soit sa langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous n'en avons pas fini avec la question de l'universalit&#233; du genre humain ; car si &#224; la fin du premier si&#232;cle apr&#232;s J&#233;sus-Christ les &#171; barbares &#187;, c'est-&#224;-dire les &#171; Autres &#187; de l'Empire, sont devenus des proches, quelques quinze si&#232;cles plus tard une question nouvelle va surgir &#224; propos des peuples rencontr&#233;s &#224; la suite des grandes explorations cons&#233;cutives &#224; la d&#233;couverte de l'Am&#233;rique par Christophe Colomb en 1492. Face &#224; cette nouvelle &#233;tranget&#233;, la question pos&#233;e &#224; un Occident r&#233;uni sous la puissance d'un pontife romain va &#234;tre celle-ci : ces peuples sont-ils des humains, ont-ils une &#226;me, doit-on les traiter comme des fr&#232;res, ou sont-ils des sous-hommes destin&#233;s par nature &#224; l'esclavage ? Je vous renvoie ici &#224; ce que l'on a appel&#233; la Controverse de Valladolid, qui a vu l'affrontement entre une vision romano-centr&#233;e et un point de vue novateur, celui du dominicain Bartolom&#233; de las Casas qui, en 1550, d&#233;non&#231;a avec vigilance les m&#233;thodes colonisatrices violentes de l'Espagne en Am&#233;rique. Pourtant, l'universalisme diff&#233;renci&#233; d&#233;fendu par Las Casas, battu en br&#232;che par les puissances occidentales, le Papaut&#233;, l'Empire de Charles Quint, demeura &#233;touff&#233; par la conviction intime qui n'&#233;pargna ni les R&#233;formateurs protestants, ni le si&#232;cle des Lumi&#232;res, ni Jules Ferry, et encore moins l'ex-pr&#233;sident Sarkozy qui, dans son discours de Dakar en 2007 &#233;crit par Claude Gu&#233;ant, osa dire que le Peuple africain n'&#233;tait pas assez entr&#233; dans l'histoire ! Ce qui, en filigrane, r&#233;v&#233;lait bien la conviction intime et tenace qu'il manquait quelque chose aux Africains et aux Indiens d'Am&#233;rique pour &#234;tre des femmes et des hommes pleinement accomplis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, aujourd'hui, qu'en est-il de l'universalisme, parfois dominateur et ethnocentr&#233;, parfois critique de ses propres exc&#232;s ? Il cherche sa voie ! Il pensait l'avoir trouv&#233;e dans la croyance du d&#233;veloppement de la Raison, qui depuis Descartes en passant par Kant et Hegel, &#233;tait vue comme le facteur unificateur d'une humanit&#233; en marche vers un accomplissement heureux. (Il faut souligner ici le point de vue d&#233;cal&#233; de Jean-Jacques Rousseau qui prend ses distances avec cet optimisme rationaliste des Lumi&#232;res, en demeurant attach&#233; au mythe du Bon Sauvage indemne de toutes les conflictualit&#233;s). Kant imagina une gouvernance mondiale organisant une paix perp&#233;tuelle entre les peuples divers, Hegel vit dans l'av&#232;nement de l'Etat Nation l'outil de la Raison universelle &#233;clairant les peuples qui, unis malgr&#233; leurs diff&#233;rences accomplissent le progr&#232;s n&#233;cessaire au bonheur de tous. (On se rem&#233;more la phrase de Hegel sur Napol&#233;on : &#171; j'ai vu passer l'Empereur, cette &#226;me du Monde &#187;). On sait aujourd'hui &#224; quel point cette marche fut contrari&#233;e et an&#233;antie. L'universalit&#233; rationnelle adul&#233;e par Hegel et ses inspirateurs s'est montr&#233;e &#224; bien des &#233;gards plus que d&#233;raisonnable en se d&#233;ployant dans le communisme stalinien, le national-socialisme et aujourd'hui le national-lib&#233;ralisme sans limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, confront&#233; &#224; des cultures &#233;loign&#233;es de l'Occident, l'humanisme occidental fut parfois pris de doute. On a peut-&#234;tre en m&#233;moire la tentative vivement r&#233;prim&#233;e par Rome des j&#233;suites en Chine autour de Matteo Ricci (1552 1610), soucieux d'ouvrir la catholicit&#233; romaine &#224; la culture chinoise. Plus pr&#232;s de nous, un missionnaire protestant en Nouvelle-Cal&#233;donie, Maurice Leenhardt, devint le d&#233;fenseur et protecteur de la culture canaque (kanak), que beaucoup consid&#232;rent comme le p&#232;re de l'ethnologie, lui qui fonda cette lign&#233;e de penseurs qui, de Marcel Mauss &#224; Robert Jaulin en passant par L&#233;vi Strauss, inaugura ce regard d&#233;centr&#233; d'un occident soucieux de sortir de sa tour d'Ivoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la plus forte contestation de cet universalisme rationnel est peut-&#234;tre bien venu de l'int&#233;rieur m&#234;me de cette pens&#233;e soucieuse d'embrasser le R&#233;el dans sa totalit&#233;, il faut bien le reconna&#238;tre, de mani&#232;re abstraite : il nous faut parler ici ce Marx qui a voulu remettre Hegel sur ses pieds en inaugurant un universalisme concret que l'on pourrait qualifier d' &#171; insurg&#233; &#187;. Il ne s'agit plus de d&#233;noncer la pr&#233;tention &#224; la domination d'une culture occidentale abstraite, mais de lutter contre l'ali&#233;nation commune &#224; tous les peuples face &#224; des puissances autoritaires et malveillantes. La lutte des classes devient le nouvel universalisme qui apporte la lumi&#232;re non pas par une pens&#233;e rationnelle d&#233;barrass&#233;e des obscurantismes traditionnels, mais par une action qui ne se contente pas d'une &#233;mancipation des esprits et suscite une lib&#233;ration des corps ali&#233;n&#233;s par des pouvoirs oppresseurs, s'engageant d&#233;sormais dans des r&#233;volutions salutaires. Comme je viens de l'&#233;voquer, &#224; l'universalisme occidental totalitaire et uniforme peut r&#233;pondre un universalisme insurrectionnel qui, pour certains comme Paul Ric&#339;ur, peut demeurer pacifique et non violent (mais c'est l&#224; un autre d&#233;bat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, o&#249; en sommes-nous aujourd'hui ? Alors que le monde s'appr&#234;te &#224; vivre sous le joug de trois puissances complices dans le projet de surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e de tous les comportements, le projet de bannir toute pens&#233;e diff&#233;rente &#8211; ce qui a suscit&#233; d'ailleurs un livre r&#233;cent (L'esprit du totalitarisme de Georges ORWELL et 1984 face au XXIe si&#232;cle, de Jean-Jacques ROSAT, aux &#233;ditions Hors d'atteinte, 2025) &#8211; et, en fin de compte, le projet de sauvegarder les privil&#232;ges de certains en asservissant tous les autres alors que le chaos nous menace. Les pouvoirs des puissants sont d&#233;cupl&#233;s par des technologies d&#233;shumanisantes, universalis&#233;es par les algorithmes, la cybern&#233;tique et la toile d'araign&#233;e num&#233;rique, sans oublier l'intelligence artificielle. O&#249; sont les forces vives qui ne veulent pas se contenter de survivre ? Comme le proph&#233;tisait Lamarck en 1820, &#171; tout se passe comme si l'homme &#233;tait destin&#233; &#224; s'exterminer lui-m&#234;me apr&#232;s avoir rendu le globe inhabitable &#187;. En effet, tout se passe aujourd'hui comme si la lassitude des femmes et des hommes, us&#233;s par des combats d'un autre temps, laissait la place &#224; des monstres surgis dans cette fin d'un monde qui tarde &#224; s'&#233;teindre et ne laisse encore que peu de place &#224; ce monde nouveau lib&#233;r&#233; en gestation ; ce qui fait dire &#224; certains observateurs attentifs du trumpisme que l'universel qui aujourd'hui nous menace est une sorte de &#171; fascisme de la fin des temps &#187;. D&#232;s lors, pour presque terminer ce propos provisoire, je voudrais reprendre &#224; mon compte un mot un seul mot : &#171; R&#233;sister &#187;. Un mot qui, depuis la Tour de Constance, est pass&#233; par nos maquis c&#233;venols jusqu'aux multiples r&#233;sistances et soul&#232;vements qui honorent l'humanit&#233;. En face de ces monstres dont Gramcsi signalait la mont&#233;e, il nous faut r&#233;sister &#224; ces puissances pr&#233;datrices et ali&#233;nantes qui, non seulement nous menacent, mais nous conduisent &#224; une servitude universelle. Les &#233;crans sont le miroir de notre disparition programm&#233;e. L'universel qui nous menace aujourd'hui n'est plus le fol espoir de l'homme augment&#233;, mais le retour &#224; l'animalit&#233; qui fait de nous, insidieusement mais s&#251;rement, un troupeau de spectres &#233;cervel&#233;s, incapables de vivre une vie libre, volontaire et universellement partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas vous &#233;pargner une ultime r&#233;f&#233;rence biblique, je voudrais ici vous rappeler l'&#233;pisode du petit roi Josias qui, au VIIe si&#232;cle avant J&#233;sus-Christ, voulait r&#233;former le Peuple et son culte, d&#233;j&#224;, gr&#226;ce &#224; un texte ancien red&#233;couvert dans un recoin du Temple &#224; restaurer (on conna&#238;t ce texte sous le nom de Deut&#233;ronome : &#171; la deuxi&#232;me loi &#187;). C'est dans ce texte qu'apparaissent les notions d'ann&#233;es sabbatiques et d'ann&#233;es jubilaires &#224; l'occasion desquelles on remet pour ainsi dire les compteurs &#224; z&#233;ro : z&#233;ro &#233;tant la r&#233;partition initiale des terres &#224; l'entr&#233;e en terre promise. C'est &#224; cette occasion que les esclaves sont lib&#233;r&#233;s, les richesses r&#233;parties &#233;quitablement pour effacer les injustices qui, sur la longue dur&#233;e, deviennent intol&#233;rables (c'&#233;tait une sorte de d&#233;claration des droits de l'homme de l'&#233;poque). Une soci&#233;t&#233; qu'il voyait plonger dans le n&#233;ant de la lutte de tous contre tous, de mani&#232;re tr&#232;s impopulaire, Josias voulut y abolir tous les privil&#232;ges des classes dominatrices. Il voulait tout simplement restaurer la vie, une vie pleine et enti&#232;re dans un monde qui, d&#233;j&#224;, se perdait. La tradition vit en lui un nouveau roi David, mort pr&#233;matur&#233;ment dans une bataille contre l'&#201;gypte. Devant le d&#233;sastre d'une soci&#233;t&#233; polici&#232;re et injuste que ses pr&#233;d&#233;cesseurs lui avaient l&#233;gu&#233;e, il avait choisi &#171; La Vie &#187;, celle que Costa-Gavras met en lumi&#232;re dans son chef-d'&#339;uvre &#171; Z &#187; (Z est la premi&#232;re lettre du mot &#171; il vit &#187; en grec), celle qui par-del&#224; la mort de son h&#233;ros assassin&#233; par les colonels grecs fait encore peur &#224; tous les puissants r&#234;vant d'une universalit&#233; dictatoriale. &#171; J'ai mis devant toi la vie et la mort &#187;, nous rapporte le texte du Deut&#233;ronome qui inspira le roi Josias. &#171; Choisis la vie et tu vivras &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, aujourd'hui, choisir la vie, c'est r&#233;sister &#224; cet universalisme factice qui nous envahit et inaugurer de mille et une mani&#232;res, par-del&#224; les Lumi&#232;res qui nous ont peut-&#234;tre un peu trop aveugl&#233;s, &#171; ces lucioles &#187; si ch&#232;res &#224; Pasolini, qui s&#232;ment un avenir heureux, &#233;teignent les &#233;crans qui nous tuent et nous permettent de retrouver la seule et v&#233;ritable universalit&#233;, celle de la rencontre du visage de l'Autre (cf. Emmanuel Levinas) qui m'appelle sur un chemin de partage et de solidarit&#233;. Ainsi se cr&#233;era &#224; nouveau un universalisme symphonique, sans la baguette d'un chef et sans partition pr&#233;&#233;tablie. Ainsi se d&#233;ploiera &#224; nouveau frais une &#233;thique universalisable, matrice d'un humanisme partag&#233;, autour de la seule valeur l&#233;gitime et universelle : la Vie d&#233;barrass&#233;e de tout ce qui la plombe. Dans ce monde de morts vivants, nous pouvons redevenir des acteurs imaginatifs et libres, anim&#233;s par le souci de l'Autre, des Autres, qui augure d'un avenir paisible, heureux et r&#233;concili&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous remercie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fr&#233;d&#233;ric de Coninck, Nationalisme, Guerres et Paix, Editions Excelsis, 172p.</title>
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		<dc:date>2026-07-31T07:13:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>olivier bres</dc:creator>


		<dc:subject>Politique</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les &#201;glises ne savent pas bien prendre position devant l'avanc&#233;e de l'extr&#234;me-droite aujourd'hui en France. &#201;vang&#233;liques tourn&#233;s en priorit&#233; vers une foi personnelle, Luth&#233;ro-R&#233;form&#233;s soucieux de ne pas diviser des paroisses affaiblies dans leurs vieux terroirs, ils ont &#233;t&#233; timides en 2024 et risquent d'&#234;tre muets en 2027. &lt;br class='autobr' /&gt; Fr&#233;d&#233;ric de Coninck regarde la situation d'abord en sociologue. Il analyse les sondages et note surtout que les pratiquants r&#233;guliers, engag&#233;s dans des actions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://christianismesocial.org/spip.php?rubrique1" rel="directory"&gt;Rubrique principale&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://christianismesocial.org/local/cache-vignettes/L150xH150/image-edc6b.png?1785482426' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les &#201;glises ne savent pas bien prendre position devant l'avanc&#233;e de l'extr&#234;me-droite aujourd'hui en France. &#201;vang&#233;liques tourn&#233;s en priorit&#233; vers une foi personnelle, Luth&#233;ro-R&#233;form&#233;s soucieux de ne pas diviser des paroisses affaiblies dans leurs vieux terroirs, ils ont &#233;t&#233; timides en 2024 et risquent d'&#234;tre muets en 2027.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric de Coninck regarde la situation d'abord en sociologue. Il analyse les sondages et note surtout que les pratiquants r&#233;guliers, engag&#233;s dans des actions d'entraide, basculent moins vers l'extr&#234;me-droite que les chr&#233;tiens &#233;loign&#233;s des &#201;glises mais soucieux de pr&#233;server une identit&#233; souvent fantasm&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
En bibliste, il propose une lecture des conflits de pouvoir dans le premier Testament, depuis les fr&#232;res ennemis qui pullulent dans la Gen&#232;se jusqu'aux tensions entre les tribus issues de Jacob. Rien de nouveau sous le soleil, s'il n'y avait la d&#233;marche de J&#233;sus qui questionne la soif de pouvoir et la qu&#234;te de la richesse comme fondements de la violence et &#233;largit la notion de prochain &#224; ceux que nous voudrions exclure ou dominer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le pr&#233;sent, son regard est lucide. La catastrophe est possible avec la mont&#233;e des nationalismes, le culte de la force, la d&#233;gradation de la plan&#232;te. L'histoire elle-m&#234;me nous alerte sur nos aveuglements et notre retard &#224; agir. Il nous invite donc &#224; changer notre regard, &#224; vivre une existence communautaire qui offre &#224; tous &#171; un oasis d'esp&#233;rance &#187;, &#224; discerner les temps et les lieux o&#249; il sera n&#233;cessaire d'intervenir en parole et en acte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et pour fonder notre foi et notre agir, c'est une conception exigeante et peut-&#234;tre co&#251;teuse de l'amour qu'il nous propose. Celle que J&#233;sus a pratiqu&#233;e. Celle qui produit la paix dans la justice.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un livre &#224; partager pour se pr&#233;parer aux &#233;ch&#233;ances &#224; venir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'IA serait-elle un colosse aux pieds d'argile ?</title>
		<link>https://christianismesocial.org/spip.php?article764</link>
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		<dc:date>2026-06-22T07:11:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jacques-Fr&#233;d&#233;ric JOSSERAND</dc:creator>


		<dc:subject> Culture, &#233;ducation</dc:subject>
		<dc:subject>Technique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le colosse aux pieds d'argile du Livre de Daniel (2,31 &#224; 2,45) dans la Bible &#233;voque une puissance qui para&#238;t invuln&#233;rable, &#233;difi&#233;e sur une base fragile qui annon&#231;ait, en r&#234;ve &#224; Nabuchodonosor II, l'effondrement de Babylone. Une pierre tombera de la montagne sur les pieds du colosse et le fera s'&#233;crouler. &lt;br class='autobr' /&gt; L'IA est-elle un colosse ? Sans aucun doute quand on observe l'incroyable capitalisation de cette industrie d&#233;sign&#233;e sous le terme de &#171; big tech &#187;, laquelle capitalisation se chiffre en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://christianismesocial.org/spip.php?mot147" rel="tag"&gt;Technique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://christianismesocial.org/local/cache-vignettes/L129xH150/colosse-82b9c.png?1782112442' class='spip_logo spip_logo_right' width='129' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le colosse aux pieds d'argile du Livre de Daniel (2,31 &#224; 2,45) dans la Bible &#233;voque une puissance qui para&#238;t invuln&#233;rable, &#233;difi&#233;e sur une base fragile qui annon&#231;ait, en r&#234;ve &#224; Nabuchodonosor II, l'effondrement de Babylone. Une pierre tombera de la montagne sur les pieds du colosse et le fera s'&#233;crouler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'IA est-elle un colosse ? Sans aucun doute quand on observe l'incroyable capitalisation de cette industrie d&#233;sign&#233;e sous le terme de &#171; big tech &#187;, laquelle capitalisation se chiffre en milliers d'US $, soit plusieurs fois le PIB de la France. Quand on observe aussi l'emprise &#233;conomique et d&#233;sormais politique avec D Trump &#224; la Maison Blanche, de seulement quelques sept entreprises Apple, Microsoft, Amazon, Alphabet (la soci&#233;t&#233; m&#232;re de Google), Meta (anciennement Facebook), Nvidia et Tesla. Emprise aussi dans notre vie de tous les jours, demain dans nos d&#233;mocraties, emprise qu'on peut r&#233;sumer par la conclusion du livre &#171; Nos nouveau ma&#238;tres &#187; de R Bacqu&#233;, D Leloup et A Piquard chez Albin Michel (janvier 2026) : &#171; Leurs inventions sont entr&#233;es par la s&#233;duction dans la vie de chacun d'entre nous. Et avant que nous ayons le temps de nous interroger, ils sont devenus nos nouveaux ma&#238;tres &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut faire ici une petite mise au point technique que n&#233;glige beaucoup trop la presse mainstream. Il n'y a pas une IA, mais des IA(s). Il y a les IA ferm&#233;es, &#224; destination de sp&#233;cialistes, comme les m&#233;decins par exemple, dont les algorithmes peuvent &#234;tre &#224; base de r&#232;gles et/ou d'analyses probabilistes sur des donn&#233;es limit&#233;es &#224; un seul domaine et qui sont sous contr&#244;le des &#171; sachants &#187;. Et il y a les IA ouvertes g&#233;n&#233;ratives, dont l'arch&#233;type ChatGPT d' OpenAI, &#224; base d'analyses probabilistes, ce qui signifie un certain pourcentage d'erreurs appel&#233;es &#171; hallucinations &#187;. Tel est le colosse de notre interrogation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle pierre tombera sur les pieds d'argile et pourrait faire chuter le colosse ? &lt;br class='autobr' /&gt;
On peut en identifier trois :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La premi&#232;re pierre est Intrins&#232;que &#224; la constitution de l'IA ouverte g&#233;n&#233;rative. Les algorithmes des IA ouvertes g&#233;n&#233;ratives sont issus d'un entrainement de type LLD (Large Language Model) sur des milliards de donn&#233;es collect&#233;es en partie gr&#226;ce &#224; nos interactions sur le Web. Ces outils probabilistes vont g&#233;n&#233;rer des r&#233;ponses incluant un pourcentage d'hallucinations, disons 2%, ce qui serait d&#233;j&#224; une tr&#232;s bonne performance. Mais ces donn&#233;es fausses &#224; 2% r&#233;int&#233;gr&#233;es dans les data centers serviront demain &#224; l'entrainement LLD des nouvelles g&#233;n&#233;rations d'algorithmes, et ainsi de suite, g&#233;n&#233;rant 4% d'hallucinations, puis 8% etc. Qui demain fera confiance &#224; une IA de type OpenAI qui inclura 20% d'hallucinations, voire plus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La deuxi&#232;me pierre pose la question du droit, qui elle-m&#234;me se d&#233;cline en :&lt;br class='autobr' /&gt;
a)	La responsabilit&#233; d'un accident commis suite &#224; un recours exclusif &#224; un mod&#232;le IA, autant en mati&#232;re de droit civique que de droit de la guerre. Soit une voiture autonome sur une petite route. Un ballon rouge traverse la route. Contrairement &#224; un conducteur humain, la voiture autonome ne freine pas et renverse le petit gar&#231;on qui courait derri&#232;re son ballon oubliant les consignes de prudence de sa maman. Qui est responsable au tribunal ? le locataire de la voiture ? le constructeur de la voiture ? le concepteur de l'algorithme embarqu&#233; ? Une fois l'algorithme corrig&#233;, que se passera-t-il si le ballon n'est pas rouge, mais bleu ou vert ? Au cours d'un conflit, un drone autonome d&#233;truit une &#233;cole et des dizaines d'enfants p&#233;rissent. Qui est responsable de ce crime de guerre ? le constructeur du drone ? le concepteur de l'algorithme embarqu&#233; ? le Pr&#233;sident du pays qui aura inscrit l'usage de cette arme dans son arsenal militaire ?&lt;br class='autobr' /&gt;
b)	La propri&#233;t&#233; des cr&#233;ations humaines. Toute &#339;uvre musicale, litt&#233;raire, picturale ou cin&#233;matographique est prot&#233;g&#233;e par des droits d'auteurs. Certains auteurs commencent &#224; demander des comptes aux g&#233;ants de la tech qui ont pill&#233; sans vergogne ce capital culturel, &#171; oubliant &#187; d'acquitter la redevance due pour alimenter de ces &#339;uvres leurs data centers. Imaginons maintenant de gigantesques &#171; class actions &#187; d'auteurs qui ensemble leurs intenteraient un proc&#232;s.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin la troisi&#232;me pierre serait le rejet populaire, voire des r&#233;voltes, qui se d&#233;cline en :&lt;br class='autobr' /&gt;
a)	Les datas centers, de plus en plus grands, consomment beaucoup d'eau et d'&#233;nergie. De plus leurs implantations participent &#224; l'artificialisation des sols. Avec le r&#233;chauffement climatique, il est quelquefois n&#233;cessaire de r&#233;duire drastiquement la production des actuelles centrales nucl&#233;aires, car le niveau des fleuves riverains n&#233;cessaires &#224; leur refroidissement est trop bas. Faut-il construire de nouvelles centrales nucl&#233;aires pour les seuls besoins en &#233;nergie des data centers ? On sait d&#233;j&#224; les bagarres entre &#233;cologistes et agriculteurs &#224; propos des captations exag&#233;r&#233;es d'eau. On n'a pas fini de voir devant les data centers des manifestations de riverains et de militants &#233;cologistes r&#233;prim&#233;es violement par la police. &lt;br class='autobr' /&gt;
b)	L'impact sur l'emploi des IA est difficile &#224; chiffrer, mais on le dit consid&#233;rable. La fameuse th&#233;orie de la &#171; destruction cr&#233;atrice &#187; selon laquelle le progr&#232;s technique apporte de nouvelles activit&#233;s certes plus productives mais aussi cr&#233;atrices de nouveaux emplois, ne va pas fonctionner ici. On peut s'attendre &#224; des r&#233;voltes de &#171; cols blancs &#187; qui par millions perdraient leur emploi, r&#233;voltes pour faire c&#233;der ce nouvel avatar du capitalisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maroun Edd&#233; dans son remarquable article &#171; Le roi dollar et les seigneurs de l'argent facile &#187; dans la revue l'Audace N&#176;2 du 2&#232;me trimestre 2026, explique le m&#233;canisme par lequel les dollars cr&#233;&#233;s par centaines de milliards chaque ann&#233;e par la FED sont orient&#233;s en grande majorit&#233; vers les &#171; sept magnifiques &#187; ( Apple, Microsoft, Tesla, Nvidia..) , au lieu de ruisseler dans le reste de l'&#233;conomie US et du Monde. Citons-le : &#171; Les machines d'impression mon&#233;taires am&#233;ricaines s'appr&#234;tent &#224; repartir &#224; pleine vapeur pour financer les data centers et l'IA &#187;. Quid de la bulle financi&#232;re en formation si ces IA, les plus consommatrices de liquidit&#233;s, devaient constituer &#171; un colosse aux pieds d'argile &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Les concepteurs des IA, tout enivr&#233;s de leur nouvelle puissance et de leur richesse sans limite, ont sciemment omis de placer l'Homme, la Nature et le droit qui les prot&#232;ge, au premier plan de leurs cr&#233;ations. Ont-ils ainsi construit &#171; un colosse aux pieds d'argile &#187; ? L'avenir nous le dira.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La d&#233;mocratie est en danger !!!</title>
		<link>https://christianismesocial.org/spip.php?article763</link>
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		<dc:date>2026-06-14T16:41:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patrick R&#246;del</dc:creator>


		<dc:subject>Vivre ensemble</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le groupe du Christianisme Social de Bordeaux organisait 2 tables rondes sur le th&#232;me &#171; La d&#233;mocratie est en danger !!! &#187; les 2 et 9 juin au Centre Culturel H&#226; 32. En voici quelques &#233;chos &lt;br class='autobr' /&gt; Comment ce danger est-il per&#231;u par les citoyens que nous sommes ? Pourquoi la d&#233;mocratie est en p&#233;ril aujourd'hui ? La premi&#232;re approche sur le th&#232;me de &#034;La d&#233;mocratie est-elle en danger ?&#034; a permis de pr&#233;senter le fonctionnement de la D&#233;mocratie ath&#233;nienne : r&#233;union du peuple sur l'Agora pour discuter (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://christianismesocial.org/spip.php?rubrique10" rel="directory"&gt;Commune de Bordeaux&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://christianismesocial.org/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;Vivre ensemble&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://christianismesocial.org/spip.php?mot13" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le groupe du Christianisme Social de Bordeaux&lt;br class='autobr' /&gt;
organisait 2 tables rondes sur le th&#232;me &#171; La d&#233;mocratie est en danger !!! &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
les 2 et 9 juin au Centre Culturel H&#226; 32.&lt;br class='autobr' /&gt;
En voici quelques &#233;chos&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment ce danger est-il per&#231;u par les citoyens que nous sommes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi la d&#233;mocratie est en p&#233;ril aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re approche sur le th&#232;me de &#034;La d&#233;mocratie est-elle en danger ?&#034; a permis de pr&#233;senter le fonctionnement de la D&#233;mocratie ath&#233;nienne : r&#233;union du peuple sur l'Agora pour discuter des probl&#232;mes qui se posent &#224; la cit&#233; ; r&#244;le des magistrats qui sont &#233;lus ou tir&#233;s au sort et charg&#233;s de tel ou tel domaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, il faut rappeler que n'ont de droits politiques que les hommes &#224; l'exclusion des femmes, des m&#233;t&#232;ques et des esclaves. La d&#233;mocratie a &#233;t&#233; critiqu&#233;e par les philosophes &#224; cause de l'influence des sophistes d&#233;magogues et Platon r&#234;vait d'une soci&#233;t&#233; o&#249; le roi serait philosophe ou le philosophe roi. Nous avons une vision tr&#232;s id&#233;alis&#233;e de la d&#233;mocratie ath&#233;nienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sociologue Fr&#233;d&#233;ric de Coninck rep&#232;re une corr&#233;lation entre l'isolement des personnes et le vote d'extr&#234;me droite, comme si la politique avait perdu sa fonction premi&#232;re : s'int&#233;resser au peuple (tout sauf le populisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'ancien &#233;lu, Bruno Cristofoli t&#233;moigne de l'&#233;trange distance qui s'&#233;tablit entre les &#233;lecteurs et les &#233;lus, une fois les &#233;lections pass&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi bien dans la majorit&#233; que dans l'opposition, les tentatives de d&#233;mocratie directe, en groupes, en cercles, en commissions, n'arrivent &#224; mobiliser qu'une toute petite fraction de la population, qui se lasse facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s le constat de la crise de la d&#233;mocratie, est-il possible de la r&#233;soudre d&#233;mocratiquement ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Isabelle Pichard, ancienne &#233;lue, &#233;met l'id&#233;e que la politique manque de &#034;valeurs&#034; mobilisatrices, comme : libert&#233;, &#233;galit&#233;, fraternit&#233;, solidarit&#233;, justice, vivre ensemble, &#233;coute active, faire du lien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Didier Pourquery a ax&#233; son propos sur les probl&#232;mes du droit &#224; l'information, un des piliers de notre conception de la d&#233;mocratie : s'informer et informer. Le sondage annuel de La Croix montre que les Fran&#231;ais s'informent gr&#226;ce &#224; la t&#233;l&#233;vision, moins gr&#226;ce aux journaux, et encore moins gr&#226;ce aux r&#233;seaux sociaux - mais que, dans l'ensemble, ils manifestent une &#171; fatigue informationnelle &#187; devant le d&#233;luge des infos en continu et peinent &#224; d&#233;m&#234;ler la v&#233;rit&#233; des fake news.&lt;br class='autobr' /&gt;
L' autre question est celle des informateurs eux-m&#234;mes : comment sont-ils form&#233;s ? Il y a une pente dangereuse qui tient &#224; la pr&#233;carit&#233; du m&#233;tier lui-m&#234;me et qui fait parfois oublier les beaux principes enseign&#233;s dans les Ecoles de journalisme - les organes de presse appartiennent souvent &#224; des gens qui n'ont pour principes que de distiller leur propre id&#233;ologie. Pourquery propose une piste extr&#234;mement int&#233;ressante : celle de &#171; m&#233;dias-m&#233;diateurs &#187;, qui vont voir et &#233;couter ce que les gens ont &#224; dire de leurs pratiques, tr&#232;s &#233;loign&#233;es souvent des clich&#233;s v&#233;hicul&#233;s et riches de toute une culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et maintenant ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se d&#233;gage de ces 2 soir&#233;es, par l'&#233;change entre les conf&#233;renciers et les participants, que l'exercice de la d&#233;mocratie est une d&#233;marche collective qui ne se r&#233;duit pas &#224; un bulletin dans l'urne, mais qui peut se mettre en mouvement localement dans des lieux anim&#233;s comme le H&#226;32, engag&#233;s comme le Mouvement du Christianisme Social.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Parole au prix du sang</title>
		<link>https://christianismesocial.org/spip.php?article728</link>
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		<dc:date>2026-05-31T16:34:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Nu&#241;ez</dc:creator>


		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject>Foi, la&#239;cit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Parmi les plus grandes violences de notre temps figure l'instrumentalisation des textes sacr&#233;s. Ce n'est pas nouveau. Mais aujourd'hui encore, des versets mill&#233;naires sont convoqu&#233;s pour justifier l'injustifiable : exclusion, colonisation, domination, voire massacre. Une fois encore, la Bible, parole de vie, est d&#233;tourn&#233;e en parole de conqu&#234;te. Et dans ce d&#233;voiement, c'est aujourd'hui le peuple palestinien qui en paie le prix, dans sa chair et sa conscience. &lt;br class='autobr' /&gt; En octobre 2023, au c&#339;ur de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://christianismesocial.org/local/cache-vignettes/L150xH145/jpn-4e23a.png?1780248032' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parmi les plus grandes violences de notre temps figure l'instrumentalisation des textes sacr&#233;s. Ce n'est pas nouveau. Mais aujourd'hui encore, des versets mill&#233;naires sont convoqu&#233;s pour justifier l'injustifiable : exclusion, colonisation, domination, voire massacre. Une fois encore, la Bible, parole de vie, est d&#233;tourn&#233;e en parole de conqu&#234;te. Et dans ce d&#233;voiement, c'est aujourd'hui le peuple palestinien qui en paie le prix, dans sa chair et sa conscience.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En octobre 2023, au c&#339;ur de la guerre men&#233;e contre Gaza, le Premier ministre isra&#233;lien Benyamin Netanyahou cite publiquement le verset biblique : &#171; Souviens-toi de ce que t'a fait Amalek [...] Tu effaceras la m&#233;moire d'Amalek de dessous les cieux, ne l'oublie pas &#187; (Deut 25:17-19). Il inscrit cette r&#233;f&#233;rence dans le contexte de l'action militaire, tra&#231;ant un parall&#232;le entre les ennemis bibliques des Isra&#233;lites d'alors et les Palestiniens d'aujourd'hui. Amalek, dans le texte, est l'arch&#233;type de l'ennemi absolu, vou&#233; &#224; l'an&#233;antissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce glissement du texte sacr&#233; vers la strat&#233;gie militaire n'est pas anodin. Il transforme la guerre en mission divine, et les civils en cibles l&#233;gitimes. Il ne s'agit plus d'un conflit politique, mais d'une guerre sacralis&#233;e. Une guerre o&#249; la parole de Dieu est invoqu&#233;e non pour prot&#233;ger la vie, mais pour la nier. Certaines voix s'&#233;l&#232;vent pourtant, comme celle du journal isra&#233;lien Haaretz, qui titre : &#171; Laissez la Torah en dehors de vos fantasmes d'an&#233;antissement de Gaza &#187; ou &#171; Quand des Juifs entrent dans un village arabe et br&#251;lent des maisons le Shabbat, est-ce du juda&#239;sme ? &#187; Mais ces interpellations restent lettres mortes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le recours &#224; Amalek n'est pas un d&#233;tail. C'est une cl&#233; de lecture d'une id&#233;ologie religieuse extr&#234;me qui infiltre certains discours politiques contemporains. Une id&#233;ologie qui efface l'humanit&#233; de l'ennemi, qui justifie l'impardonnable, et qui fait taire la conscience au nom d'un texte. Sur ce point, les chr&#233;tiens palestiniens, dans leur document Kairos Palestine de 2009, avaient d&#233;j&#224; mis en garde : la Bible peut devenir dangereuse lorsqu'on la manipule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des si&#232;cles, on a tent&#233; de faire dire &#224; la Bible ce qu'elle ne dit pas. Elle ne fonde pas une politique d'occupation. Elle ne peut &#234;tre mobilis&#233;e pour renforcer la domination d'un groupe sur un autre. Elle ne justifie aucune hi&#233;rarchie entre les peuples. Elle ne b&#233;nit pas l'effacement d'un peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au contraire, la Bible parle d'un Dieu qui renverse les puissants, qui lib&#232;re les captifs, qui pleure sur les villes, qui marche avec les marginalis&#233;s. Un Dieu qui ne se r&#233;duit &#224; aucun camp, qui ne conna&#238;t pas les fronti&#232;res humaines, et qui rend toute terre sainte quand on y respecte la justice. Elle parle d'un Dieu qui &#233;coute le sang crier depuis la terre. Int&#233;grer Amalek &#224; Gaza, comme l'a fait le Premier ministre isra&#233;lien &#8211; et comme le pensent aussi certains chr&#233;tiens &#8211; c'est trahir l'esprit m&#234;me de la Parole. C'est la figer dans la peur, la d&#233;tourner vers la haine, et faire de Dieu, encore une fois, un instrument de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces souffrances actuelles font surgir des questions : &#192; qui appartient la terre ? Qui &#233;tait l&#224; en premier ? De qui Dieu est-il le plus proche ? Mais ces questions sont fauss&#233;es d&#232;s le d&#233;part, parce qu'elles oublient que ce qui est vraiment sacr&#233;, ce n'est ni le sol, ni les murs, ni les drapeaux, ni un Etat, deux voire douze, mais la Vie. Ce sont les hommes, les femmes et les enfants qui habitent la terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Bible nous le rappelle : le lien entre terre et saintet&#233; n'est jamais automatique. La terre est donn&#233;e, mais elle peut &#234;tre perdue. Elle est appel&#233;e &#224; &#234;tre f&#233;conde, mais elle peut rejeter ses habitants s'ils brisent le pacte. Ce n'est pas la possession qui compte, mais la justice. Et une terre juste est une terre partag&#233;e. C'est une terre o&#249; l'on vit ensemble, pas une terre que l'on divise. La vraie question n'est pas : &#171; Qui a droit &#224; la terre ? &#187;, mais : &#171; Comment habiter cette terre ensemble, et en faire un lieu de rencontre, de soin, de paix et de justice ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; de Gaza, d&#233;vast&#233;e, rappelle la tentation persistante de mobiliser la Bible pour l&#233;gitimer des actes d'exclusion, voire d'annihilation. Voir ici la Gen&#232;se devenir acte notari&#233;, constater que l&#224; les promesses faites &#224; Abraham deviennent un cadastre fond&#233; sur un droit exclusif releve de l'aberration. Cela efface ceux qui vivent en ces lieux, les r&#233;duit &#224; des ombres, ou les transforme en cibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;ologie commence l&#224; o&#249; l'on pr&#233;tend que la foi n'a plus besoin d'interpr&#233;tation. L&#224; o&#249; la Parole devient pr&#233;texte, et non appel. Or, les &#201;critures racontent des humains en lutte, en d&#233;saccord, en chemin. Abraham plaide pour Sodome. Mo&#239;se doute. Jonas fuit. J&#233;sus pleure sur J&#233;rusalem. Paul s'efface devant l'amour. La foi ici n'est pas autorit&#233; mais vuln&#233;rabilit&#233;. Elle est &#233;coute et hospitalit&#233;. Elle est m&#233;moire, errance, et rupture. Elle rappelle que la terre est donn&#233;e, jamais conquise. Et qu'un don se d&#233;figure quand il sert &#224; exclure.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'inverse, l'id&#233;ologie religieuse trie les versets, ignore les voix qui d&#233;rangent. Elle fabrique un Dieu &#224; l'image de ses certitudes. C'est ainsi qu'on justifie un si&#232;ge, une annexion, une guerre, au nom de Celui qui s'identifie aux crucifi&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans certaines lectures contemporaines, la promesse divine justifie l'exclusion humaine. Peu importe que la terre soit habit&#233;e par des enfants, des familles, des peuples. Et, parfois, on convoque Dieu uniquement pour justifier des murs. Le texte sacr&#233; devient alors un masque, un &#233;cran pour ne plus voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les &#201;critures refusent cela. Le L&#233;vitique rappelle que &#171; la terre vomit ses habitants &#187; quand la justice est trahie. Les proph&#232;tes hurlent contre l'injustice. Le Christ refuse les cl&#244;tures identitaires : il affirme que le P&#232;re habite la br&#232;che, non les camps. Et c'est cette br&#232;che que Gaza crie aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#201;critures ne disent pas &#171; d&#233;fends ton h&#233;ritage &#187; mais &#171; souviens-toi que tu as &#233;t&#233; &#233;tranger &#187;. Et dans l'instant pr&#233;sent, l'&#233;tranger que beaucoup refusent de voir, c'est le Palestinien de Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la foi demande du courage. Le courage de voir ce qui se passe, d'&#233;couter les voix oubli&#233;es, d'interpr&#233;ter, de douter. De lire les textes avec des mains non violentes. De refuser que des versets deviennent des murs. De ne pas dire &#171; Dieu &#187; pour justifier l'injustice. La vraie saintet&#233; ne se mesure ni &#224; la force des murs, ni &#224; l'anciennet&#233; des titres, mais &#224; la dignit&#233; de celles et ceux qui vivent, aiment et souffrent sur cette terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vrai sacr&#233;, c'est hier la m&#233;moire des 700 000 exil&#233;s de la Nakba, la cicatrice du massacre de Deir Yassin, les attaques de la colonie d'Ariel, d'Halera, ou de la synagogue de J&#233;rusalem, les morts du 7 octobre 2023. Et aujourd'hui, c'est cette main qui cherche un enfant sous les tonnes de gravats et les ferrailles tordues de Gaza.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le vrai sacr&#233;, c'est aussi la voix qui refuse de ha&#239;r. C'est l&#224; que Dieu habite : pas dans les certitudes, mais dans le cri. Et ce cri dit aujourd'hui : toute foi qui exclut a cess&#233; d'&#234;tre foi. Toute Parole qui tue est d&#233;j&#224; morte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un monde o&#249; la Parole est captur&#233;e et parfois militaris&#233;e, il y a urgence &#224; garder vivante une parole faible mais libre. Une Parole qui suppose une &#233;thique de l'interpr&#233;tation, un art du discernement, une capacit&#233; &#224; dire : &#171; Je ne sais pas, mais j'&#233;coute. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La Terre promise, c'est celle o&#249; tous les peuples peuvent, ensemble, construire un avenir. L&#224; o&#249; l'on divise, la Parole appelle &#224; partager. L&#224; o&#249; l'on expulse, elle appelle &#224; accueillir. L&#224; o&#249; l'on tue, elle appelle &#224; vivre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre est-ce cela, aujourd'hui, que nous devons r&#233;apprendre : non pas poss&#233;der la Parole, mais la servir. Non pas h&#233;riter de la terre, mais l'habiter ensemble. Non pas affirmer, mais esp&#233;rer. Esp&#233;rer, contre la gr&#234;le des d&#233;mentis. Confiants que c'est dans cette esp&#233;rance que souffle l'Esprit de Dieu ou encore son Verbe&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>aimer</title>
		<link>https://christianismesocial.org/spip.php?article744</link>
		<guid isPermaLink="true">https://christianismesocial.org/spip.php?article744</guid>
		<dc:date>2026-05-31T16:30:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre FADOUL</dc:creator>


		<dc:subject> Culture, &#233;ducation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J'aime regarder le soleil couchant aux couleurs du fer dans la forge. Tu aimes &#233;couter la petite rivi&#232;re au fond de la for&#234;t qui chuchote et t'apaises. Il aime enlacer un ch&#234;ne plus que centenaire, recevoir son &#233;nergie r&#233;paratrice de tes tourments. Elle aime les vagues d'une mer d&#233;chain&#233;e s'&#233;crasant sur les rochers en un feu d'artifice. Nous aimons nous retrouver entre ami(e)s en refaisant le monde de nos vingt ans r&#233;volus. Vous aimez la s&#233;r&#233;nit&#233; du d&#233;passement de soi ayant avec ferveur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://christianismesocial.org/spip.php?mot229" rel="tag"&gt; Culture, &#233;ducation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J'aime regarder le soleil couchant aux couleurs du fer dans la forge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu aimes &#233;couter la petite rivi&#232;re au fond de la for&#234;t qui chuchote et t'apaises.&lt;br class='autobr' /&gt; Il aime enlacer un ch&#234;ne plus que centenaire, recevoir son &#233;nergie r&#233;paratrice de tes tourments.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle aime les vagues d'une mer d&#233;chain&#233;e s'&#233;crasant sur les rochers en un feu d'artifice.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous aimons nous retrouver entre ami(e)s en refaisant le monde de nos vingt ans r&#233;volus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous aimez la s&#233;r&#233;nit&#233; du d&#233;passement de soi ayant avec ferveur gravit une montagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles aiment la sagesse d'un lac sans souffle se plonger, aux nymphes de la mythologie gr&#233;co romaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils aiment le silence en Camargue pr&#233;serv&#233;e, au combien naturel de ces flamants roses gorg&#233;s de crevettes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'aimerai ressentir le bl&#233; fra&#238;chement moissonn&#233;, dans les p&#226;turages verdoyants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu aimeras les bonnes odeurs de la cuisine de ton enfance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle aimera te regarder dans les yeux de votre premi&#232;re rencontre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il aimera les &#226;ges passants, le tumulte de ses petits-enfants cr&#233;ant une ode &#224; la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chez les Grecs, po&#232;me destin&#233; &#224; &#234;tre chant&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous aimerons dans une roseraie, s'enivrer des couleurs, des parfums, le c&#339;ur l&#233;ger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous aimerez le chant du rossignol qui tous les matins vient vous dire, belle journ&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles aimeront reprendre dans leurs bras, leurs enfants les d&#233;passants de plusieurs hauteurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils aimeront faire une partie de p&#233;tanque, sous les platanes au printemps, en Famille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Conjuguer le verbe Aimer, c'est du miel de toutes fleurs fraichement r&#233;colt&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Pierre FADOUL &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mardi 4 novembre 2025&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 10 heures 10 minutes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La ruine des consciences avant &#171; l'&#226;ge de pierre &#187;</title>
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		<dc:date>2026-04-06T14:39:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Paul Nu&#241;ez</dc:creator>


		<dc:subject>Justice</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lorsque, en conf&#233;rence de presse, Donald Trump a &#233;voqu&#233; la possibilit&#233; de &#171; renvoyer l'Iran &#224; l'&#226;ge de pierre &#187;, il ne faut pas entendre l'une de ces outrances dont il a fait un style politique. D'ailleurs, il a prolong&#233; cette menace sur son propre r&#233;seau social en parlant d'envoyer d&#233;sormais l'Iran &#171; en enfer &#187;. Ces phrases doivent &#234;tre prises &#224; la lettre de ce qu'elles rendent pensable : non pas une simple pression diplomatique accrue, mais l'hypoth&#232;se assum&#233;e d'une destruction des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://christianismesocial.org/spip.php?mot12" rel="tag"&gt;Justice&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://christianismesocial.org/local/cache-vignettes/L150xH145/jpn-2-7b92d.png?1780246760' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lorsque, en conf&#233;rence de presse, Donald Trump a &#233;voqu&#233; la possibilit&#233; de &#171; renvoyer l'Iran &#224; l'&#226;ge de pierre &#187;, il ne faut pas entendre l'une de ces outrances dont il a fait un style politique. D'ailleurs, il a prolong&#233; cette menace sur son propre r&#233;seau social en parlant d'envoyer d&#233;sormais l'Iran &#171; en enfer &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces phrases doivent &#234;tre prises &#224; la lettre de ce qu'elles rendent pensable : non pas une simple pression diplomatique accrue, mais l'hypoth&#232;se assum&#233;e d'une destruction des conditions m&#234;mes de la vie sociale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le fait s'inscrit dans une s&#233;quence d&#233;j&#224; satur&#233;e par la logique guerri&#232;re : apr&#232;s Gaza comme seuil de l'acceptable, apr&#232;s l'extension du conflit au Liban, apr&#232;s la banalisation des frappes dites pr&#233;ventives, la menace contre l'Iran ne surgit pas comme une rupture, mais comme l'&#233;largissement d'un vocabulaire d&#233;j&#224; acclimat&#233; &#224; la destruction totale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est vis&#233; ici n'est pas d'abord le r&#233;gime des mollahs dans sa seule dimension politique ou militaire. Dire &#171; l'&#226;ge de pierre &#187;, puis &#171; l'enfer &#187;, c'est viser l'ensemble de la soci&#233;t&#233; iranienne dans sa texture concr&#232;te : ses centrales, ses r&#233;seaux, ses h&#244;pitaux, ses routes, ses syst&#232;mes de soin, ses circuits alimentaires, ses moyens de communication &#8212; autrement dit tout ce qui permet &#224; une collectivit&#233; humaine de demeurer une soci&#233;t&#233; plut&#244;t qu'un espace de survie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les paroles de Trump installent dans la langue du pouvoir l'id&#233;e qu'un peuple entier peut &#234;tre reconduit &#224; l'effondrement de ses m&#233;diations vitales. Elles rendent pensable l'an&#233;antissement des conditions civiles d'existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour imaginer la destruction totale des infrastructures d'un pays, il faut que ceux qui y vivent aient d&#233;j&#224; cess&#233; d'appara&#238;tre comme des sujets de droit et de vuln&#233;rabilit&#233;. Ils deviennent une masse strat&#233;gique, absorb&#233;e dans la cat&#233;gorie hostile de &#171; l'ennemi &#187;. La population civile, les enfants, les malades, les &#233;coles, les h&#244;pitaux, les r&#233;seaux d'eau et d'&#233;lectricit&#233; se trouvent symboliquement fondus dans une m&#234;me totalit&#233; &#224; frapper.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous touchons ici au point o&#249; le droit se brise, et avec lui l'id&#233;e m&#234;me d'un monde commun habitable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce point de rupture n'est d'ailleurs pas propre &#224; Donald Trump ; on le retrouve, sous des formes diverses, chez d'autres dirigeants qui, de Washington &#224; Tel-Aviv, de T&#233;h&#233;ran &#224; Moscou, acclimatent eux aussi dans la langue du pouvoir la possibilit&#233; de la destruction civile. Trump, encore lui, d&#232;s le d&#233;but du mois de janvier, affirmait n'avoir pas &#171; besoin du droit international &#187; et que la seule limite &#224; son pouvoir r&#233;sidait dans sa &#171; propre moralit&#233; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
De fait, ce qui a chang&#233; avec l'embrasement du Moyen-Orient, c'est le m&#233;pris fanfaron avec lequel les &#201;tats-Unis, Isra&#235;l &#8212; et m&#234;me l'Iran &#8212; rejettent, moquent ou bafouent les normes internationales prot&#233;geant les civils.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsqu'il devient &#224; nouveau possible de parler la langue de l'an&#233;antissement, ce ne sont pas seulement Gaza, le Liban, l'Iran ou d'autres zone du monde qui sont menac&#233;s. Le plus inqui&#233;tant est ailleurs : le droit international, d&#233;j&#224; longtemps fragilis&#233;, ne sert m&#234;me plus de sc&#232;ne oblig&#233;e o&#249; les puissances devaient encore feindre la retenue. C'est dans cette disparition m&#234;me du d&#233;tour justificatif que commence une accoutumance morale qui atteint d&#233;sormais les consciences elles-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Gaza a servi de seuil. Des zones enti&#232;res du Liban sont aujourd'hui d&#233;truites par Isra&#235;l &#171; en prenant Gaza comme mod&#232;le &#187;, selon une logique o&#249; le plan m&#234;me de destruction se pr&#233;sente comme une voie vers la paix. Ce point est d&#233;cisif : nous ne sommes plus seulement face &#224; la violence brute des op&#233;rations militaires, mais devant une grammaire politique o&#249; la ruine m&#233;thodique d'un territoire peut encore se dire dans le vocabulaire de la stabilisation et de la s&#233;curit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors, lorsque un propos, comme celui de Donald Trump, reprend ici, &#224; propos de l'Iran un lexique d'&#233;crasement civilisationnel, cette parole n'arrive plus comme l'impensable. Elle trouve un terrain d&#233;j&#224; pr&#233;par&#233; par des mois de normalisation de la violence de masse, au cours desquels la langue guerri&#232;re s'est progressivement substitu&#233;e &#224; la langue du droit. &#171; Paix par la force &#187;, &#171; droit de se d&#233;fendre &#187;, &#171; frappe pr&#233;ventive &#187;, &#171; restauration de la dissuasion &#187;, &#171; s&#233;curit&#233; des alli&#233;s &#187; : autant de formules reprises en boucle par les m&#233;dias et les chancelleries, qui fonctionnent d&#233;sormais comme les op&#233;rateurs linguistiques par lesquels l'Empire transforme une guerre d'agression en n&#233;cessit&#233; strat&#233;gique. Le mot ne sert plus &#224; qualifier le r&#233;el ; il sert &#224; le rendre acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus inqui&#233;tant n'est alors peut-&#234;tre plus la violence elle-m&#234;me, mais notre adaptation &#224; son annonce.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car enfin, o&#249; sont pass&#233;es les voix qui, hier encore, savaient reconna&#238;tre dans le langage et les faits de la guerre les signes avant-coureurs de l'imp&#233;rialisme, de l'agression et du crime contre les civils ? O&#249; sont les traditions non violentes, les consciences anti-imp&#233;riales, les d&#233;fenseurs des droits humains, les intellectuels critiques, les autorit&#233;s morales et religieuses qui avaient fait de la vigilance une exigence politique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus grave n'est peut-&#234;tre pas seulement que les expressions de massacres reviennent au sommet des &#201;tats. C'est qu'elles ne rencontrent plus, en face d'elles, une force symbolique capable de les interrompre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, les rapports existent, les communiqu&#233;s se succ&#232;dent, les alertes s'accumulent. Mais ce qui semble s'&#234;tre affaibli, c'est la capacit&#233; m&#234;me du langage des droits &#224; produire encore du scandale. Le droit survit parfois comme proc&#233;dure, comme documentation, comme archivage minutieux de la catastrophe, pendant que s'efface la force proph&#233;tique qui faisait autrefois de la d&#233;fense des civils une parole capable d'interrompre le pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autrement dit, le langage des droits demeure, mais la conscience qui lui donnait sa puissance se retire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce retrait est peut-&#234;tre le sympt&#244;me le plus profond de notre moment historique. Une civilisation ne se mesure pas seulement &#224; la solidit&#233; de ses institutions ou &#224; la pr&#233;cision de ses normes. Elle se mesure &#224; la vitalit&#233; de ses contre-pouvoirs moraux : ces traditions, ces mouvements, ces voix qui savent dire NON avant que le pire ne devienne irr&#233;versible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque les mouvements non violents se taisent, lorsque les critiques de l'imp&#233;rialisme n'identifient plus l'Empire, lorsque les d&#233;fenseurs des droits humains parlent encore sans parvenir &#224; recr&#233;er l'effroi moral, alors quelque chose de plus grave qu'une crise g&#233;opolitique se produit.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la d&#233;sertion des consciences critiques elles-m&#234;mes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et cette d&#233;sertion cr&#233;e autour de la violence un vide symbolique dans lequel les pouvoirs peuvent de nouveau parler la langue de l'an&#233;antissement sans rencontrer la r&#233;sistance qui, autrefois, faisait encore obstacle &#224; sa normalisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus grave n'est donc peut-&#234;tre pas seulement ce que disent les puissants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus grave est que ceux dont la vocation historique &#233;tait de nommer l'imp&#233;rialisme, de prot&#233;ger les civils et de d&#233;fendre le droit semblent d&#233;sormais parler trop bas &#8212; ou ne plus parler du tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pr&#233;cis&#233;ment ce vide moral que l'histoire du XXe si&#232;cle avait tent&#233; d'emp&#234;cher de se reformer. Car elle nous a appris une chose essentielle : le crime ne commence jamais avec les ruines. Il commence dans l'espace symbolique o&#249; sa possibilit&#233; cesse d'&#234;tre imm&#233;diatement repouss&#233;e. Nous l'avons oubli&#233;, mais tout l'h&#233;ritage de Nuremberg tient dans cette le&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crime contre la paix ne d&#233;signe jamais le seul instant de l'explosion ni l'image finale des villes en cendres. Il commence bien avant, dans la cha&#238;ne presque invisible des d&#233;cisions, des justifications, des ob&#233;issances, des prudences institutionnelles, des complicit&#233;s internationales, des fournitures des moyens et des silences diff&#233;r&#233;s qui rendent pensable puis praticable la destruction du tissu civil. Avant les immeubles effondr&#233;s, il y a les mots qui acclimatent la violence ; avant les colonnes d'exil&#233;s, il y a les doctrines qui absorbent l'eau, l'&#233;lectricit&#233;, les h&#244;pitaux et les &#233;coles dans la cat&#233;gorie indistincte de la menace ; avant les enfances amput&#233;es, il y a toujours une soci&#233;t&#233; qui s'est habitu&#233;e &#224; entendre la ruine comme une hypoth&#232;se de s&#233;curit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous croyons parfois n'&#234;tre que les spectateurs lointains de ces bascules. Mais l'histoire enseigne l'inverse : les crimes de masse n'ont jamais seulement besoin d'armes, ils ont besoin d'une zone grise faite de fatigue morale, de fragmentation des causes, de proc&#233;dures qui temporisent et de voix qui pensent pouvoir parler plus tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi les ruines ne sont jamais l'instant final d'un crime, mais son inscription dans la dur&#233;e. Les ruines ne sont jamais seulement des pierres : elles deviennent des institutions manquantes, des enfances amput&#233;es, des fronti&#232;res sans retour et des g&#233;n&#233;rations enti&#232;res condamn&#233;es &#224; h&#233;riter non d'un monde, mais de son humanit&#233; perdue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;vang&#233;lisme et nationalisme am&#233;ricain : une folle id&#233;ologie</title>
		<link>https://christianismesocial.org/spip.php?article760</link>
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		<dc:date>2026-03-26T17:55:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ren&#233;e PIETTRE</dc:creator>


		<dc:subject>Foi, la&#239;cit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Politique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chacun aura vu ce clich&#233; o&#249; Paula White, nomm&#233;e par Trump II &#224; la t&#234;te d'un &#8220;Bureau de la Foi &#224; la Maison Blanche&#8221;, entour&#233;e d'une vingtaine de pasteurs &#8220;venus de tout le pays&#8221;, b&#233;nit Donald Trump assis en son bureau ovale et prie pour que Dieu donne force au Pr&#233;sident et fasse triompher les USA, nation plac&#233;e under God, &#8220;sous l'autorit&#233; de Dieu&#8221;, dans leur guerre contre l'Iran. Ailleurs on voit la t&#233;l&#233;vang&#233;liste prier, comme une pythie en fureur, que Dieu &#171; frappe, frappe, frappe &#187; l'ennemi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://christianismesocial.org/spip.php?mot13" rel="tag"&gt;Politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://christianismesocial.org/local/cache-vignettes/L150xH105/trump-c898f.jpg?1780245163' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='105' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chacun aura vu ce clich&#233; o&#249; Paula White, nomm&#233;e par Trump II &#224; la t&#234;te d'un &#8220;Bureau de la Foi &#224; la Maison Blanche&#8221;, entour&#233;e d'une vingtaine de pasteurs &#8220;venus de tout le pays&#8221;, b&#233;nit Donald Trump assis en son bureau ovale et prie pour que Dieu donne force au Pr&#233;sident et fasse triompher les USA, nation plac&#233;e under God, &#8220;sous l'autorit&#233; de Dieu&#8221;, dans leur guerre contre l'Iran. Ailleurs on voit la t&#233;l&#233;vang&#233;liste prier, comme une pythie en fureur, que Dieu &#171; frappe, frappe, frappe &#187; l'ennemi !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_288 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://christianismesocial.org/local/cache-vignettes/L500xH349/trump-82f85.jpg?1774548032' width='500' height='349' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Voil&#224; de quoi &#233;tonner le la&#239;cisme fran&#231;ais ! Que se passe-t-il donc aux USA ? Comment les missions &#233;vang&#233;liques, qui, certes, ont su s&#233;duire 25% de la population &#233;tatsunienne (vs 3% en Suisse, 2% en France), ont-elles pu passer, en Am&#233;rique, d'un syst&#232;me de congr&#233;gations sans implantation territoriale pr&#233;cise, &#224; un nationalisme guerrier incarn&#233; par un pr&#233;sident pourtant &#233;lu sur la promesse de mettre fin aux aventures militaires ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Un s&#233;minaire sur cette question d'actualit&#233; a &#233;t&#233; mis en place &#224; l'Institut catholique de Paris. On vient d'y entendre deux sp&#233;cialistes, Blandine Chelini-Pont (Les &#8216;imaginaires chr&#233;tiens' en politique dans les Etats-Unis d'aujourd'hui, &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/event/5632661/36697ac59a&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vimeo.com/event/5632661/36697ac59a&lt;/a&gt; ), puis surtout Philippe Gonzalez (Sept Montagnes pour les dominer tous : sources et cons&#233;quences d'un sch&#232;me th&#233;ocratique sur la vie publique &#233;tasunienne, &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/event/5719781/398293de8b&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://vimeo.com/event/5719781/398293de8b&lt;/a&gt;) rendre compte de ce passage de la pr&#233;dication &#233;vang&#233;lique &#224; une croisade nationale conjointe entre Isra&#235;l et les &#201;tats-Unis : Isra&#235;l se vit comme Terre promise cern&#233;e d'ennemis, et les &#201;tats-Unis se flattent d'une nouvelle &#233;lection divine, depuis le mythique d&#233;barquement, en 1620, d'une poign&#233;e de puritains qui fuyaient l'Angleterre d'Elizabeth I &#224; bord du Mayflower, jusqu'&#224; la domination mondiale du dollar et des armes US au XXe si&#232;cle&#8230; et jusqu'&#224; Trump. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, l&#224; o&#249; Isra&#235;l ne songe qu'&#224; s&#233;curiser et &#233;tendre sa Terre promise, les &#233;vang&#233;liques qui font depuis peu la pluie et le beau temps &#224; la Maison Blanche s'appuient, eux, sur les proph&#233;ties de Daniel et de l'Apocalypse. Ils attendent le retour du Messie (pourquoi pas sous la forme missionnaire d'un Am&#233;ricain providentiel ?!) sur la Terre promise reconquise &#8212; le peuple &#233;lu une fois converti au Christ ! &#8212; pour un r&#232;gne de mille ans. Au terme de ce &#8220;Millenium&#8221;, la bataille finale d'Armageddon (Ap. 16,16 : le nom &#233;voque le site biblique de Meggido) opposerait les forces du Bien aux arm&#233;es de l'Ant&#233;christ et consacrerait la victoire d&#233;finitive sur le Mal, pr&#233;lude du Jugement dernier. Ancien et Nouveau Testament ne formeraient que les 6 premiers chapitres d'une Histoire dont le Millenium et sa conclusion &#233;criraient le chapitre 7 final (cf. S&#233;bastien Fath, 2015, &lt;a href=&#034;https://doi.org/10.3917/rfea.139.0077&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doi.org/10.3917/rfea.139.0077&lt;/a&gt;). &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette perspective, le rationalisme universaliste europ&#233;en est devenu la b&#234;te &#224; abattre, une nouvelle Babylone, le berceau de l'Ant&#233;christ, y compris dans ses prolongements am&#233;ricains marqu&#233;s par le progressisme, la culture woke, le f&#233;minisme, les gay prides, etc., que rejettent aujourd'hui les n&#233;or&#233;actionnaires US (voir Arnaud Miranda, Les Lumi&#232;res sombres, Gallimard 2026).&lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons que les premi&#232;res g&#233;n&#233;rations de puritains am&#233;ricains identifiaient l'Ant&#233;christ avec le pape ! Plus r&#233;cemment, la b&#234;te noire devint l'islam. Mais, depuis pr&#232;s d'un si&#232;cle, une r&#233;flexion sur la strat&#233;gie missionnaire la plus efficace, &#8212; men&#233;e surtout au S&#233;minaire Fuller de th&#233;ologie &#233;vang&#233;lique de Pasadena en Californie, autour de Donald Mc Gavran (1897-1990) puis Peter Wagner (1930-2016) &#8212;, promeut une guerre spirituelle qui s'attache &#224; exorciser, chacun dans son pays, les &#8220;d&#233;mons du territoire&#8221;. On y pr&#233;conise des m&#233;thodes de d&#233;veloppement personnel associ&#233;es &#224; une r&#233;volution institutionnelle et sociale : ce sont par ex. des s&#233;quences de 72 heures d'affil&#233;e de pri&#232;res chant&#233;es dans une ambiance rock survolt&#233;e, pour chasser les d&#233;mons. Lance Wallnau, &#8220;p&#232;re du dominionisme am&#233;ricain&#8221;, a th&#233;oris&#233; l'id&#233;e d'un &#8220;mandat&#8221; de Dieu nous invitant &#224; conqu&#233;rir les &#8220;7 montagnes&#8221; que sont la religion, la famille, l'&#233;ducation, le business, le gouvernement, les m&#233;dias et les divertissements : sur chaque sommet si&#233;gerait un new born, &#8220;n&#233; de nouveau&#8221; par sa conversion &#233;vang&#233;lique. Le t&#233;l&#233;vang&#233;liste Lou Engle a lanc&#233; The Call, &#8220;l'Appel&#8221;, qui a rassembl&#233; 500.000 personnes d&#232;s son premier rallye devant la Maison Blanche contre l'avortement et les LGTB.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement vise un r&#233;gime th&#233;ocratique de proph&#232;tes et d'ap&#244;tres coopt&#233;s entre eux. Le &#8220;mandat&#8221; initial de Dieu &#224; l'homme n'a-t-il pas &#233;t&#233; de transformer le monde (Gn 1.26-28) ? Trump, milliardaire (signe suppos&#233; de son &#233;lection divine !), alli&#233; &#224; Isra&#235;l, et &#8220;proph&#232;te&#8221; lui-m&#234;me, a ainsi &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; par Sarah Palin comme &#8220;le Pr&#233;sident qui a &#233;t&#233; proph&#233;tis&#233;&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout en conqu&#233;rant les sites du pouvoir, ce mouvement &#233;vang&#233;lique se d&#233;veloppe en-dehors de tout contr&#244;le institutionnel, traditionnel ou th&#233;ologique. N&#233;anmoins, selon S. Fath (Le Nouveau pouvoir &#233;vang&#233;lique, Grasset, 2026), il ne faut pas exag&#233;rer le danger : les exalt&#233;s soutenant Trump ne sont qu'une partie des &#233;vang&#233;liques am&#233;ricains, et les courants &#233;vang&#233;liques se d&#233;veloppent bien plus vite ailleurs, en Afrique, en Chine, en Asie du Sud-Est, avec des pratiques vari&#233;es et d'ordinaire inoffensives, malgr&#233; des traits communs remarquables (chants, fonctionnement entrepreneurial, etc.). &lt;br class='autobr' /&gt;
Reste que la croisade contre l'Iran conduite par le &#8220;ministre de la guerre&#8221;, le mill&#233;nariste Pete Hegseth, sous l'aiguillon d'Isra&#235;l et l'autorit&#233; du fantasque Trump, prend des allures d'apocalypse qui doivent l&#233;gitimement nous alerter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Portrait de Jospin en politique</title>
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		<dc:date>2026-03-26T17:37:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Abel</dc:creator>


		<dc:subject>Politique</dc:subject>
		<dc:subject> Culture, &#233;ducation</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans le film de Schoendoerffer Le Crabe-Tambour, le Capitaine du vaisseau, un militaire en fin de carri&#232;re, sur un oc&#233;an glac&#233; parsem&#233; d'icebergs, &#233;nonce cette phrase magnifique : &#171; sans vaisseau les hommes ne sont pas grand-chose &#187;. Les institutions humaines sont de tels vaisseaux, ce sont elles qui nous portent, et sans elles nous sombrons dans les ab&#238;mes. Or elles sont fragiles, et demandent &#224; &#234;tre tenues et entretenues avec courage et t&#233;nacit&#233;, avec discernement et intelligence aussi, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://christianismesocial.org/spip.php?mot229" rel="tag"&gt; Culture, &#233;ducation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le film de Schoendoerffer Le Crabe-Tambour, le Capitaine du vaisseau, un militaire en fin de carri&#232;re, sur un oc&#233;an glac&#233; parsem&#233; d'icebergs, &#233;nonce cette phrase magnifique : &#171; sans vaisseau les hommes ne sont pas grand-chose &#187;. Les institutions humaines sont de tels vaisseaux, ce sont elles qui nous portent, et sans elles nous sombrons dans les ab&#238;mes. Or elles sont fragiles, et demandent &#224; &#234;tre tenues et entretenues avec courage et t&#233;nacit&#233;, avec discernement et intelligence aussi, car pour les maintenir il faut en ressaisir la question, l'intention initiale, et la r&#233;interpr&#233;ter pour le monde d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais comme les vaisseaux, sans les humains qui les maintiennent, les institutions ne sont pas grand-chose, et il faut penser la responsabilit&#233; &#233;thique particuli&#232;re de tous les humains qui portent et repr&#233;sentent les institutions en personne. Comme l'observe le sociologue Laurent Th&#233;venot lisant Ric&#339;ur, les institutions n'existent que port&#233;es par des personnes, et c'est sur la loyaut&#233; institutionnelle mais aussi le profond sens humain de ces personnes que reposent l'&#233;thique et la cr&#233;dibilit&#233; de leurs institutions. C'est sous cet angle que je voudrais proposer ici un bref &#233;loge et portrait de Lionel Jospin en &#171; politique &#187;, au sens noble du terme. &lt;br class='autobr' /&gt;
On est loin ici du monde acc&#233;l&#233;r&#233; des coups de menton et des &#233;motions, des simplifications manich&#233;ennes et de l'hyper-personnalisation du pouvoir et de ses repr&#233;sentants. Jospin a su s'effacer derri&#232;re l'institution. Mais dans le m&#234;me temps, Jospin portait les institutions en personne, il les incarnait avec respect, c'est-&#224;-dire sans pr&#233;tendre s'y substituer. Certes il avait, et c'est essentiel en politique, des convictions (ce qu'on appelle aujourd'hui des &#171; valeurs &#187;), des convictions socialistes qui donnaient le cap de son action politique (la CMU, le logement social, l'am&#233;nagement du territoire, etc.). Mais son sens de la responsabilit&#233; &#233;tatique et de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral l'avait amen&#233;, alors m&#234;me que le PS de son temps &#233;tait trop fort, quasi h&#233;g&#233;monique &#224; gauche, &#224; faire respecter les pluralit&#233;s, les minorit&#233;s, et &#224; ne cesser de construire les compromis qui lui semblaient les meilleurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
On pourrait dire les limites de &#171; la &#187; politique de Jospin, la relative faiblesse de son sens de l'urgence &#233;cologique alors qu'on savait d&#233;j&#224; tr&#232;s bien le grand &#233;boulement vers lequel on allait, une conception de la la&#239;cit&#233; qui accordait trop &#224; la neutralit&#233; non seulement de l'&#201;tat mais de toutes les institutions, &#233;tablies sur l'&#233;videment ou l'&#233;vitement de la question religieuse, dont on sait bien qu'elle est et sera toujours l&#224;, et qu'il vaut mieux la canaliser avec tact. Il n'emp&#234;che que les premi&#232;res grandes mesures &#233;cologiques ont &#233;t&#233; prises sous son mandat, et qu'il avait une la&#239;cit&#233; carr&#233;e derri&#232;re la loi, au-dessus des partis, r&#233;sistant &#224; son d&#233;voiement identitaire comme un instrument pour forcer l'assimilation des musulmans &#8212; ou leur exclusion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, nous avons besoin de &#171; politiques &#187; qui sachent r&#233;sister &#224; la d&#233;sinstitution g&#233;n&#233;rale, &#224; la r&#233;duction de l'institution &#224; un pur instrument de domination verticale des plus forts, mais aussi &#224; sa r&#233;duction &#224; la simple logique des petits contrats horizontaux, toujours labiles. Sous la double pression de ces processus, partout dans le monde, ce ne sont pas seulement les &#201;tats mais les soci&#233;t&#233;s qui se d&#233;font. Les mafias prennent la place des institutions, et s'habillent avec leurs oripeaux. Remarquons ici justement que les liens mafieux entrem&#234;lent les liens verticaux des rapports de force violents, et les liens horizontaux des pots de vin et des accords occultes, dissimul&#233;s. Or les mafias surgissent pr&#233;cis&#233;ment au point de rencontre des deux processus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au c&#339;ur de l'&#233;thique des institutions, dont il semble que Jospin ait &#233;t&#233; particuli&#232;rement dot&#233;, il y a la justice, le sens du juste. Ric&#339;ur en donne une belle formule : &#171; n'exerce pas ton pouvoir sur autrui sans lui laisser de contre-pouvoir contre toi &#187;. Cette formule est pr&#233;cieuse parce qu'elle reconna&#238;t que nous exer&#231;ons toujours un pouvoir les uns sur les autres, et parce qu'elle tient compte de cette terrible maxime pos&#233;e par Simone Weil montrant l'universalit&#233; du r&#232;gne de la Force : &#171; on est barbare avec les faibles &#187;. La r&#233;ponse consiste donc &#224; faire en sorte que personne ne soit trop faible, et que le plus faible dispose d'un minimum de contre-pouvoir contre le plus fort &#8212; ce qui est loin d'&#234;tre le cas, le plus souvent. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#232;gle juste institue la division des pouvoirs et des contre-pouvoirs, elle institue la pluralit&#233; des sph&#232;res et la pluralisation int&#233;rieure de chaque sph&#232;re (dans le monde de la force ou du droit, dans celui de la puissance financi&#232;re ou &#233;conomique, dans celui des m&#233;dias et des r&#233;seaux, dans le monde religieux, etc.). Bref, le sens le plus profond de l'institution est d'instituer la pluralit&#233; humaine, un monde humain et vivant qui soit v&#233;ritablement un th&#233;&#226;tre d'apparition mutuelle, un monde pr&#233;sentant la densit&#233; maximale des formes de vie compossibles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le v&#233;ritable &#171; politique &#187; n'impose pas la sph&#232;re du politique comme la sph&#232;re des sph&#232;res imposant son ordre &#224; toutes les autres. Mais il ne laisse pas non plus la logique du march&#233; &#233;craser les autres. Il sait que l'on a besoin d'un tissu fonci&#232;rement pluraliste d'institutions, qui sont comme le disait Ric&#339;ur des &#171; m&#233;diations imparfaites &#187; ; elles ne cessent de se compl&#233;ter et de se corriger les unes les autres, et comme le disait encore Ric&#339;ur &#171; il n'y a pas de tiers absolu &#187; ni d'institution qui puisse pr&#233;tendre tout englober. Attention : ce pluralisme n'est pas un blanc-seing donn&#233; aux plus forts qui trop souvent se croient les meilleurs, et pensent qu'ils seront toujours les plus forts&#8230; En tressant, en tissant la diversit&#233;, comme le raconte le Politique de Platon, il fait respecter la pluralit&#233; des temp&#233;raments, des comp&#233;tences, des sagesses, et jusqu'aux formes de vie les plus faibles. Et les grandes institutions qui exercent et concentrent le pouvoir ont besoin des petites institutions qui exercent une fonction pilote de vigilance, de rappel aussi aux choses essentielles, comme le faisaient le th&#233;&#226;tre tragique dans l'antiquit&#233; grecque et les proph&#232;tes dans l'antiquit&#233; biblique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Car les institutions ne sont pas seulement l&#224; pour nous prot&#233;ger contre la brutalit&#233; et la violence. Elles ont pour fonction non moins importante de nous prot&#233;ger contre le mensonge : et c'est pourquoi les institutions de la pluralit&#233; et de la libert&#233; de la presse, des radios, des r&#233;seaux d'information et de communication sont essentielles, mais aussi la libert&#233; d'expression d'associations et d'&#171; observatoires &#187; ind&#233;pendants de l'&#201;tat et susceptibles d'un regard critique. On peut &#233;largir ces institutions &#224; toutes celles de la culture et des arts, et bien s&#251;r &#224; la pluralit&#233; vivante des &#201;glises et associations. Dans tous les cas, le danger surgit lorsque l'une de ces instances se trouve en position de domination excessive, ou parfois m&#234;me de monopole exclusif de l'information. Le mensonge alors triomphe sans pouvoir &#234;tre contest&#233;. Et la violence t&#244;t ou tard accompagne le mensonge, pour plier la r&#233;alit&#233; &#224; son discours. Il me semble que Lionel Jospin avait ce sens aigu de la v&#233;racit&#233; qui consiste &#224; tenter, avant toute action, avant toute parole, de prendre en compte le r&#233;el, de ne pas se le dissimuler, de ne pas s'en &#233;vader.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet &#233;loge et portrait de Lionel Jospin en &#171; politique &#187; est &#233;videmment tourn&#233; vers une &#233;poque qui n'est plus. Un quart de si&#232;cle est pass&#233;. La tentation terrible de la nostalgie serait de croire que tout allait bien alors, et que tout r&#233;gresse, que l'humanit&#233; a maintenant g&#226;ch&#233; les chances qu'elle avait encore en 2000. Et pourtant l'exemple de Jospin devrait nous apprendre &#224; r&#233;sister &#224; la terrible circularit&#233; entre la d&#233;moralisation et la d&#233;politisation. Il revient &#224; nous tous de nous porter au secours non des institutions d&#233;voy&#233;es et instrumentalis&#233;es par des r&#233;seaux mafieux, mais des institutions vives qui nous portent encore.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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