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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien

Fiche de lecture

mercredi 22 novembre 2017, par :

Lors des rencontres organisées à Bordeaux pour les 500 ans de la Réforme,
le groupe girondin de christianisme social avait posé plusieurs questions, parmi lesquelles celle-ci qui leur paraissait essentielle : "Y a-t-il encore des chrétiens de gauche ?" Il n’y a pas eu de réponses bien nombreuses à cette question.
Eh bien, quelques jours plus tard, nous en avons trouvé trois : Pierre-Louis Choquet, Jean-Victor Elie et Anne Guillard, trois jeunes catholiques qui viennent d’écrire Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien, pour les éditions de l’Atelier. Un livre d’urgence, un livre d’appel, et qui redonne confiance quand le découragement peut guetter.

Les auteurs du "Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien" partent du constat que ces dernières années ont vu les catholiques de droite et d’extrême-droite occuper la une de l’actualité et souvent même la rue (manif pour tous, son expression politique, le Sens commun, allié à Fillon..), alors que les cathos de gauche semblaient, à l’image de la gauche tout entière, en pleine déconfiture. Et ils posent un diagnostic qui a le mérite d’être à la fois politique et théologique. "Notre époque a du mal à accepter que la religion ne se contente plus de délivrer une certitude absolue ou un ensemble de valeurs qu’il suffirait de suivre, et que l’expérience religieuse porte bien plutôt en elle à la fois la marque d’une instabilité fondamentale [loin de tout dogmatisme sclérosant, de tout psittacisme catéchétique, de toute ignorance de l’histoire de l’Eglise, des Eglises, et de l’histoire tout court - PR] et celle d’une promesse de libération [cf Saint Paul, épître aux Galates, - PR]"(p.11)
Et ils en tirent les conséquences : "Nous refusons de faire de la religion chrétienne une posture identitaire, qui ignorerait le dynamisme et l’instabilité propres à la parole religieuse."(id.) "Au contraire, nous attestons (le mot est fort qui renvoie à "témoin", à "témoignage", vocation première du chrétien - PR] d’un christianisme rendant raison du souci évangélique de compréhension du monde, et qui se met à l’écoute de la clameur des plus pauvres et de la détresse de la Terre."(id.)

Retour à l’Histoire et à l’événement de 1789, à plus d’un titre traumatisant et rejetant une bonne partie des catholiques du côté des tenants de l’ordre à restaurer (c’est la deuxième partie de ce plaidoyer). En dépit de quelques prophètes comme Lacordaire et Ozanam, il faudra attendre Léon XIII et l’encyclique Rerum novarum pour que la réconciliation de l’Eglise et de la République puisse être envisagée. Mais cela reste très timide et les résistances sont fortes ; des retours en arrière suivent souvent des avancées qui semblaient prometteuses ; les critiques du modernisme sont des freins puissants à l’évolution de l’Eglise.
Nous en sommes, encore, là, malgré l’événement du Concile. Or, "le témoignage que nous avons à porter, celui du Christ ressuscité, restera inaudible s’il ne se risque pas à la rencontre avec le langage que nous avons en partage avec les hommes et les femmes de notre temps, celui d’une culture dans laquelle, désormais, la référence à Dieu n’est plus primordiale." (p.59) Je rappelle la belle idée de Paul VI sur la nécessaire conversation de l’Eglise avec le monde. La deuxième partie réfléchit, à partir, entre autres, des analyses de Joseph Moingt, sur ce qu’est un christianisme de l’inachèvement. Et cette notion est indispensable si l’on veut échapper au ressassement des mêmes idées censées nous protéger du monde dans lequel nous vivons. Cette nouvelle approche théologique est riche d’avenir, "une approche narrative et expérientielle s’avère plus féconde qu’une approche plus classiquement dogmatique pour rendre compte de l’expérience de la foi (...) Engagée dans un tel mouvement, la théologie ne cherche plus à dire la vérité une fois pour toutes ou à spéculer sur la nature éternelle de Dieu, mais ouvre la pensée à une plus grande intelligence spirituelle de l’Ecriture en cherchant sans cesse à relier le texte de la tradition à l’expérience contemporaine."(p.89)

Cette mise en mouvement (on n’ose pas dire en marche...) est un appel à en engagement renouvelé pour chacun, pour chaque chrétien, au niveau qui est le sien, afin que prenne corps cette nouvelle utopie concrète - c’était le thème de réflexion que le groupe girondin du christianisme social avait retenu l’année dernière - du "libre développement de chacun sur une Terre habitable pour tous." Défi à la fois politique et écologique qui est l’objet de la troisième partie de ce livre, dans l’esprit de l’encyclique du Pape François Laudato si. Ouverture du champ des possibles devant la "désolation de la Terre dont nous sommes témoins et co-responsables", devant les conséquences mortelles de la marchandisation universelle et devant l’accroissement exponentiel des inégalités entre nantis et démunis, tant en France que dans le monde.
Telle est l’espérance de ces jeunes, telle est leur foi. Puissent-elles nous réveiller de nos engourdissements !

Patrick RÖDEL

  • #1 Le 28 novembre à 11:16, par Kévin Buton-Maquet

    En effet, ce livre est une lecture roborative. On se sent moins seul ! De plus, la grande jeunesse de ces trois chrétiens nous donne lieu d’espérer quant à une relève possible pour le christianisme social. C’est une bonne idée de publier un bref compte-rendu dans les colonnes de ce blog pour mieux faire connaître cet ouvrage.
    Matériellement, il comporte trois parties. La première est plus nettement située dans le champ du catholicisme français. On y étudie le déport à droite de l’Eglise de France, avec quelques pages bien senties contre la revue Limite, Fabrice Hadjaj et ses tristes épigones - et c’est fou comme cela fait du bien !
    La seconde est plus théologique, elle pose en effet quelques jalons pour un christianisme de l’inachèvement, à partir de la théologie de Joseph Moingt. A titre personnel, c’est peut-être celle qui m’a le plus laissé sur ma faim. Non pas par la faute de son auteur, car le propos est clair et bien construit, mais plutôt par l’option herméneutique adoptée. Contrairement à l’auteur, je pense qu’une approche "dogmatique" (mais au sens où un Karl Barth emploierait le mot, et non pas certes au sens d’une doctrine maintenue envers et contre tout) demeure fructueuse. Elle me paraît à tout le moins la plus à même de faire valoir la radicalité du message chrétien sur le plan social. Je ne suis pas certain que l’herméneutique, si elle procure un avantage considérable sur le plan du dialogue entre les différentes confessions et les cultures, ait assez de mordant pour restituer toute la subversion de l’Evangile. En tout cas, cette seconde partie du livre a le mérite de soulever un débat très important pour nous aujourd’hui : quelle théologie est la plus à même de répondre au défi d’un nouvel engagement chrétien de gauche ?
    La troisième partie est la plus "pragmatique", puisqu’elle traite de possibilité d’actions chrétiennes pour la défense de l’environnement. C’est une partie réussie, qui aiguise notre appétit pour des suggestions encore plus concrètes. Quelles formes peut prendre cet engagement ? Comment s’organiser et organiser la société ? La lecture de ce manifeste peut être complétée par l’observation et la réflexion autour de pratiques nouvelles d’organisation sociale que nos églises testent actuellement (on songe notamment à certaines Frat’).
    Bref, une lecture tout à fait enthousiasmante, qui ouvre plusieurs voies et suscite bien des réflexions. Je ne peux qu’inviter à découvrir ce petit opuscule au plus vite, et surtout à s’interroger sur ce qu’il nous invite à faire dès aujourd’hui.



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