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Article publié

La solidarité au-delà de la bienfaisance

jeudi 28 septembre 2017, par :

Face aux catastrophes naturelles, comme également à l’effondrement intérieur, la question du mal se pose. C’est sous ce signe que le visage de la solidarité se révèle : la capacité d’être aux côtés de celui qui est seul.
Devant l’inacceptable, les secours d’urgence ou de reconstruction ne sont pas seulement des biens concrets dont profitent les rescapés : le geste solidaire est subversion. S’il nait du cri "Plus jamais ça », ce cri d’exclamation est « protestation » qui anime l’élan même de solidarité. C’est à ce titre que la solidarité transcende les contingences de ses moyens et de ses objectifs.

Le tremblement de terre qui, le 1 novembre 1755 raya la ville de Lisbonne de la carte, posa aux élites européennes du 18è siècle la question métaphysique la plus redoutable, dont nous sommes encore héritiers. Une question désespérément obscure : le mal.
Pourquoi le mal ?
Si les ratiocinations provoquées par le séisme ont poursuivi leur cours bien longtemps après la catastrophe, les secours et les mesures d’urgence n’ont pas tardé. La mobilisation de la solidarité a été une affaire de quelques jours. Je pense particulièrement aux secours apportés par les États anglais, hollandais et même la ville de Hambourg.
Au moment aux les croyances religieuses de cette époque le disputaient encore à la superstition, malgré l’essor déjà confirmé des Lumières, les explications les plus fantaisistes imputaient indifféremment aux hommes et à Dieu la raison.de ce qui avait.eu lieu.
France Queré disait : « Le mal est sans raison. Chercher à l’expliquer [sous cette forme de fatalité ou même sous une autre] c’est déjà le justifier.
Face aux décombres et aux restes de mort dans Lisbonne, les premiers secours qui étaient arrivés nous aident à saisir la portée de signification de ce que nous appelons aujourd’hui l’urgence humanitaire. Urgence humanitaire et non alimentaire.
Si en bien des cas le mal ne s’explique pas toujours il s’agit d’abord de le combattre, de récuser sa prétention à nous désespérer.
C’est sous ce signe que je verrais le premier visage de la solidarité.
Qu’est-ce qu’est-ce que la solidarité ?
La définition formelle du mot importe peu. « Dans le langage ordinaire, responsabilité mutuelle qui s’établit entre deux ou plusieurs personnes. La solidarité qui nous lie. » Tous pour chacun et chacun pour tous », cela rappelle l’origine latine du terme, solidus : la chose dans sa massivité, dans son intégralité. C’est l’état d’un corps entier dans ses contours, une chose qui n’est pas érodée, cassée, effritée. La réactivité des autorités anglaises, hollandaises, hambourgeoises, mais aussi espagnoles, illustre sens profond de solidarité. Le séisme réel et son étendue n’était nullement l’éboulement de la commune appartenance. Voilà un sens dont nous ne nous rendons pas toujours compte. Un sens dont nous rendons peu compte.
Il y a toute sorte de solidarité, concrète, organique, institutionnelle, écologique, mémoriel, comme ce jour, etc.
Face aux catastrophes naturelles, comme également à l’effondrement intérieur par exemple, la solidarité qui m’intéresse c’est la capacité d’être aux côtés de celle ou celui qui seul. Le moment où s’expérimente le solidus des survivants. Quand le malheur d’un seul concerne tous les autres, d’une manière ou d’une autre.
La capacité d’être aux côtés de celle ou celui qui est seul
Etre aux côtés de celle ou de celui qui est seul, c’est le moment où cette présence et tout ce qu’elle apporte a une valeur sacramentelle. Les actes concrets de solidarité refigurent la désolation. Ils et donnent à voir à celle ou celui qui est seul un chemin d’espérance. L’horizon d’un relèvement . Au cœur même de l’ « impartageable » solitude !
Si la solidarité est donc d’abord et avant tout le fait d’être aux côtés voire du côté de celle et celui qui est seul, alors la solidarité est une lutte et non pas simplement de la bienfaisante, si justifiée soit elle.
La solidarité, c’est travailler pour que ce qui est solide chez chacun le demeure. De telle manière que la personne dévastée ne soit exclue de son humanité, de ce qui, est en elle, ne pourrait être aliéné, perdu. Cette humanité c’est ce qui est solide en chacun, le siège de son autonomie. C’est elle qui préserve du naufrage de la dépendance. C’est aussi à cause de cela que cette solidité est sans prix.
Que les deux mains s’unissent…
Tout ce qui sort autrui de son humanité est contraire à la solidarité. Nous connaissons que trop bien les ravages des paternalismes mais aussi des « fraternalismes » [selon le mot d’Aimé Césaire]. Le désastre et la détresse peuvent entrainer le geste humanitaire et son bénéficiaire dans les impasses. La métaphore bien connue des deux mains nous le rappelle : " La main de dessus est préférable à celle de dessous. », version de l’adage que les Musulmans attribuent au prophète Mohamed. Que les deux mains s’unissent, pour faire la force, c’est infiniment autre chose. Un engagement de deux sujets qui se reconnaissent dans la récusation de la fatalité et du mal.
Devant l’inacceptable, les secours d’urgence ou de reconstruction ne sont pas seulement des biens concrets dont profitent les rescapés. Le geste solidaire est subversion. L’homme ou la femme solidaire voit plus loin que le simple changement ou amélioration des conditions pratiques insupportables. Les « secouristes » sont certes face à cela. Toutefois, ils sont toutefois mus d’abord positivement : la recherche de ce qui doit être, qui surpasse la vision de ce qui est et l’émotion qu’elle suscite. Le marché de la charité et l’ingénierie de l’indignation ont beau être efficaces en notre temps réputé compassionnel, la promesse de « ce qui doit être » reste impérativement la boussole. Elle épargne les humanitaires des accommodements nihilistes, toujours capables du meilleur mais aussi du pire.
L’engagement solidaire est subversion
L’engagement solidaire est subversion car il travaille également à sa propre fin. S’il nait du cri "Plus jamais ça », ce cri d’exclamation est « protestation » qui anime l’élan même de solidarité. Ce qui chaque fois fait de la solidarité un engagement singulier, contextuel, ajusté.
C’est à ce titre que la solidarité transcende les contingences de ses moyens et de ses objectifs.
Solidaires des hommes et témoins d’un Dieu fidèle et secourable : quand nous protestons pour Dieu, nous renouvelons chaque fois le cadre de vérité de la protestation en faveur de l’humain !


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