Pourquoi moi ?

Lors de la journée de relance du Christianisme social le 2 octobre 2010 à
Paris, la journée s’est ouverte par trois interventions répondant à la question
 : pourquoi reprenez-vous le chemin du Christianisme social. Voilà la réponse de
Marion Veziant.



Je me suis demandé pour
quelle raison j’étais invitée à dire un mot à cette tribune, ce matin, moi qui
ne suis ni théologienne, ni théoricienne du christianisme social, et qui
confesse une méconnaissance (mais pas un désintérêt !) quasi-totale de
l’histoire de ce mouvement, des subtiles différences entre ses courants, de ses
soubresauts, de ses revues, etc.

Alors pourquoi ?
Peut-être parce qu’une large part de mes engagements pourrait s’inscrire dans
ce projet de renouveau du christianisme social et illustrer un de ses volets
nécessaires, l’action. Présidente des Eclaireuses & Eclaireurs Unionistes –
mouvement protestant de scoutisme – jusqu’en janvier dernier, engagée dans des
structures locales mais aussi nationales liées à l’église, à l’économie sociale
et solidaire, salariée d’une ONG de développement… voilà d’où je parle.

Alors pourquoi
prendre ou reprendre le chemin du christianisme social ?

Moi je ne l’ai jamais pris,
ou en tous cas pas dans ses formes institutionnelles.

Et pourtant toutes les
formes d’engagement que j’ai eues rentrent dans ce cadre.

Pourquoi ? Tout
simplement pour mettre en œuvre le commandement qui nous est fait de nous aimer
les uns et les autres. En voilà la raison fondamentale.

Pourquoi ? Parce que,
sans convoquer les gros mots de la crise actuelle que nous traversons (et qui
seront évoqués dans les ateliers de cet après-midi), il me semble essentiel
qu’une parole d’espérance soit dite et entendue dans notre société.

Comment ?
Qu’est-ce qui me paraît compter dans le christianisme
social ?

La réflexion intellectuelle
et théologique est nécessaire mais pas suffisante, et au-delà, ce sont deux
dimensions essentielles qui me mobilisent dans ce projet de relance du
Christianisme Social : deux dimensions étroitement corrélées :

L’action :
concrète, efficace, mobilisatrice, mais surtout renouvelée, innovante, tant on
voit que les leviers classiques de mobilisation et d’action s’essoufflent, et
peinent à toucher au-delà du cercle des convaincus. Comment s’adresser
différemment à ceux qui sont concernés par la crise ? Comment dépasser le
classique duo pétition / manifestation ? Il me semble qu’il y a là des
chemins à tracer, notamment en puisant dans le champ des méthodes de
l’éducation populaire. Une chose est sûre, notre action doit être plus que
symbolique si nous voulons « faire système ».

Le témoignage par
l’engagement
 : un engagement visible qui, relié à l’action lui donne
son sens, lui donne son squelette. Quelle est la force qui nous anime ? Au
nom de Qui agissons nous ? Notre action est un témoignage de l’amour de
Dieu, et pour cela elle doit être pérenne et engagée. Cela nécessite de ne pas
mettre notre témoignage « dans notre poche », comme ont parfois
tendance à le faire d’autres mouvements protestants.

Ces 2 dimensions sont
inséparables : l’action sans témoignage est sans lendemain, le témoignage
resté théorique est stérile, l’un alimente l’autre et permet un investissement
entier de chacun de nous. Cf Annah Arendt (citée sur le blog du CS) :
« la puissance n’est actualisée que lorsque paroles et actes ne divorcent
pas ».

Il y a également un
équilibre à trouver et conserver pour que notre identité n’exclue pas. Il me
semble de ce point de vue que le projet de structure en communes, avec ce qu’il
implique d’ouverture et d’inclusion, est un bon garde-fou.

On me pardonnera de terminer
ce plaidoyer pour l’action et le témoignage par les derniers mots du rapport
d’orientation des Eclaireuses et Eclaireurs Unionistes de France :

Parlons, nous serons
entendus.

Agissons, nous serons
suivis.

Vivons notre projet, il
rassemblera.

Telle est notre ambition
pour les années à venir.

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