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L’IA serait-elle un colosse aux pieds d’argile ?

lundi 22 juin 2026, par :

Le colosse aux pieds d’argile du Livre de Daniel (2,31 à 2,45) dans la Bible évoque une puissance qui paraît invulnérable, édifiée sur une base fragile qui annonçait, en rêve à Nabuchodonosor II, l’effondrement de Babylone. Une pierre tombera de la montagne sur les pieds du colosse et le fera s’écrouler.

L’IA est-elle un colosse ? Sans aucun doute quand on observe l’incroyable capitalisation de cette industrie désignée sous le terme de « big tech », laquelle capitalisation se chiffre en milliers d’US $, soit plusieurs fois le PIB de la France. Quand on observe aussi l’emprise économique et désormais politique avec D Trump à la Maison Blanche, de seulement quelques sept entreprises Apple, Microsoft, Amazon, Alphabet (la société mère de Google), Meta (anciennement Facebook), Nvidia et Tesla. Emprise aussi dans notre vie de tous les jours, demain dans nos démocraties, emprise qu’on peut résumer par la conclusion du livre « Nos nouveau maîtres » de R Bacqué, D Leloup et A Piquard chez Albin Michel (janvier 2026) : « Leurs inventions sont entrées par la séduction dans la vie de chacun d’entre nous. Et avant que nous ayons le temps de nous interroger, ils sont devenus nos nouveaux maîtres ».
Il faut faire ici une petite mise au point technique que néglige beaucoup trop la presse mainstream. Il n’y a pas une IA, mais des IA(s). Il y a les IA fermées, à destination de spécialistes, comme les médecins par exemple, dont les algorithmes peuvent être à base de règles et/ou d’analyses probabilistes sur des données limitées à un seul domaine et qui sont sous contrôle des « sachants ». Et il y a les IA ouvertes génératives, dont l’archétype ChatGPT d’ OpenAI, à base d’analyses probabilistes, ce qui signifie un certain pourcentage d’erreurs appelées « hallucinations ». Tel est le colosse de notre interrogation.
Quelle pierre tombera sur les pieds d’argile et pourrait faire chuter le colosse ?
On peut en identifier trois :
  La première pierre est Intrinsèque à la constitution de l’IA ouverte générative. Les algorithmes des IA ouvertes génératives sont issus d’un entrainement de type LLD (Large Language Model) sur des milliards de données collectées en partie grâce à nos interactions sur le Web. Ces outils probabilistes vont générer des réponses incluant un pourcentage d’hallucinations, disons 2%, ce qui serait déjà une très bonne performance. Mais ces données fausses à 2% réintégrées dans les data centers serviront demain à l’entrainement LLD des nouvelles générations d’algorithmes, et ainsi de suite, générant 4% d’hallucinations, puis 8% etc. Qui demain fera confiance à une IA de type OpenAI qui inclura 20% d’hallucinations, voire plus ?

  La deuxième pierre pose la question du droit, qui elle-même se décline en :
a) La responsabilité d’un accident commis suite à un recours exclusif à un modèle IA, autant en matière de droit civique que de droit de la guerre. Soit une voiture autonome sur une petite route. Un ballon rouge traverse la route. Contrairement à un conducteur humain, la voiture autonome ne freine pas et renverse le petit garçon qui courait derrière son ballon oubliant les consignes de prudence de sa maman. Qui est responsable au tribunal ? le locataire de la voiture ? le constructeur de la voiture ? le concepteur de l’algorithme embarqué ? Une fois l’algorithme corrigé, que se passera-t-il si le ballon n’est pas rouge, mais bleu ou vert ? Au cours d’un conflit, un drone autonome détruit une école et des dizaines d’enfants périssent. Qui est responsable de ce crime de guerre ? le constructeur du drone ? le concepteur de l’algorithme embarqué ? le Président du pays qui aura inscrit l’usage de cette arme dans son arsenal militaire ?
b) La propriété des créations humaines. Toute œuvre musicale, littéraire, picturale ou cinématographique est protégée par des droits d’auteurs. Certains auteurs commencent à demander des comptes aux géants de la tech qui ont pillé sans vergogne ce capital culturel, « oubliant » d’acquitter la redevance due pour alimenter de ces œuvres leurs data centers. Imaginons maintenant de gigantesques « class actions » d’auteurs qui ensemble leurs intenteraient un procès.
  Enfin la troisième pierre serait le rejet populaire, voire des révoltes, qui se décline en :
a) Les datas centers, de plus en plus grands, consomment beaucoup d’eau et d’énergie. De plus leurs implantations participent à l’artificialisation des sols. Avec le réchauffement climatique, il est quelquefois nécessaire de réduire drastiquement la production des actuelles centrales nucléaires, car le niveau des fleuves riverains nécessaires à leur refroidissement est trop bas. Faut-il construire de nouvelles centrales nucléaires pour les seuls besoins en énergie des data centers ? On sait déjà les bagarres entre écologistes et agriculteurs à propos des captations exagérées d’eau. On n’a pas fini de voir devant les data centers des manifestations de riverains et de militants écologistes réprimées violement par la police.
b) L’impact sur l’emploi des IA est difficile à chiffrer, mais on le dit considérable. La fameuse théorie de la « destruction créatrice » selon laquelle le progrès technique apporte de nouvelles activités certes plus productives mais aussi créatrices de nouveaux emplois, ne va pas fonctionner ici. On peut s’attendre à des révoltes de « cols blancs » qui par millions perdraient leur emploi, révoltes pour faire céder ce nouvel avatar du capitalisme.
Maroun Eddé dans son remarquable article « Le roi dollar et les seigneurs de l’argent facile » dans la revue l’Audace N°2 du 2ème trimestre 2026, explique le mécanisme par lequel les dollars créés par centaines de milliards chaque année par la FED sont orientés en grande majorité vers les « sept magnifiques » ( Apple, Microsoft, Tesla, Nvidia..) , au lieu de ruisseler dans le reste de l’économie US et du Monde. Citons-le : « Les machines d’impression monétaires américaines s’apprêtent à repartir à pleine vapeur pour financer les data centers et l’IA ». Quid de la bulle financière en formation si ces IA, les plus consommatrices de liquidités, devaient constituer « un colosse aux pieds d’argile » ?
Les concepteurs des IA, tout enivrés de leur nouvelle puissance et de leur richesse sans limite, ont sciemment omis de placer l’Homme, la Nature et le droit qui les protège, au premier plan de leurs créations. Ont-ils ainsi construit « un colosse aux pieds d’argile » ? L’avenir nous le dira.


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