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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

Quentin DERANQUE

mardi 24 février 2026, par :

La mort de Quentin Deranque rappelle l’assassinat de Clément Méric à Paris en 2013 : mêmes dynamiques de violence que brouillent les passions idéologiques et des pulsions enfouies.
Ce crime hystérise les médias et plonge l’establishment politique, prisonnier de ses démons, en une insupportable cacophonie de vuvuzelas devant les échéances électorales à l’horizon. Tandis que pèse sur le monde un climat lourd de graves incertitudes.

Accusations et contre-accusations qui montent en spirale : un chaos de discours, s’imposant comme une "bordélisation" généralisée ! On voit l’emprise d’un mimétisme devenu paradoxalement la règle et la méthode. Pourquoi cet emballement ? Que montre cet automatisme de désignation du coupable ?
A côté des dirigeants du groupuscule mis en cause, il y a les outrances tant décriées de LFI, le radicalisme narcissique de son patron, ses emportements, sa rhétorique belliqueuse. « On tue d’abord avec les mots pour assassiner avec les coups » : voilà ce que retient la droite française, en tête des mélanchonphobes.
Mais ne voit-on pas que la soif de bouc émissaire sourd avant tout d’un endroit obscur, dont on relativise les craquements ? En toutes les cultures, les victimes émissaires ont presque toujours quelque défaut visible. Nulle part, cependant, l’imperfection n’a conduit à l’élimination de tous les bègues, borgnes ou boiteux. C’est bien l’hystérie accusatoire qui reste elle-même la racine du mal. Ce n’est donc ni la victime ni le désir de rédemption collective qui expliquent ce qui se passe.
L’emballement de ces pulsions vengeresses, sous l’étendard de convictions arrêtées, ne peut purger ses propres démons qu’en désignant une victime émissaire. Un mécanisme symbolique distinct des réalités judiciaires avérées ou problématiques. Le duel du discours accusatoire et de l’autojustification construit sa folle raison, gagne en intensité, en attendant l’épuisement des énergies maléfiques. Le désir de justice pour la victime et le sentiment de sécurité pour tous n’ont pas toujours le même agenda. Hélas.
Le résultat est là. Quentin assassiné par des voyous, et peu importe le fanion sous lequel ils s’abritent. Sur un autre trottoir pas loin de là, une mêlée aveugle, assoiffée de mort. Chaque camp veut du sang pour vaincre, pour assurer son idéal de sécurité et un sens particulier de pouvoir. L’empoignade est sans retenue. Une fascisation manifeste du champ politique : tous les moyens sont bons pour jeter l’autre en pâture. Il est vrai que, traditionnellement, la droite et l’establishment ne font pas ici dans la dentelle. Les adversaires et les forces diabolisées sont-elles en reste ? Et si cet arbre (maudit) cachait une forêt ?
La montée en puissance de milieux réactionnaires ne date pas d’hier. Elle ne s’est pas installée à bas bruit, ses avatars et métamorphoses tracent une longue histoire. Aujourd’hui, l’admiration pour certaines réalisations de D. Trump ne manque pas. Des réformes "réussies", ainsi ces ignobles rafles d’immigrés dits illégaux. On savoure une célébration intensive de la force, des mises en scène de l’intimidation, etc. : une prédilection de l’ultra-droite. La droite « honorable » a su garder une attitude ambiguë, éclectique, même si elle ne rejette pas tout.
Dans un autre domaine, signalons cette dernière "trouvaille". Les trumpistes assurent que le nazisme était de gauche. Formidable illustration de la théorie du Bouc émissaire. Un tissu de raccourcis, qui biaise outrageusement selon les contextes. Au total, une réelle sanctification apportée aux régimes illibéraux, qui émergent en Europe telle une coalition réactionnaire lancée contre l’UE.
C’est à croire qu’il faut à l’impérialisme Maga un "remplacement" à l’envers. Nettoyer les USA du "wokisme" équivaut à dégager l’Europe de valeurs jugées rétrogrades. Des valeurs désormais rabougries aux yeux de ces racialistes blancs.
En réalité, les ressources accusatoires mobilisées ne visent pas seulement les autres, mais se trahissent elles-mêmes. Ne constituent-elles pas le moteur du vrai problème ? Là où gisent nos propres démons et leurs énergies ! Là où nichent la violence et ce qui s’exprime en débordements. Personne n’a le monopole de ces choses obscures, ni "la Jeune Garde" ni les "Identitaires" de l’ultra-droite ou de ses sponsors. Mais quand même !
L’hystérisation en cours des médias depuis le lynchage tragique de Quentin, l’inter-bordélisation de la classe politique, suffisent-elles à nous permettre de au simple phénomène de retournement de stigmate ? L’idolâtrie du rapport de force rend ainsi dérisoires le courage et la confiance.
Pour être imaginable, le "parler vrai" , cher à Michel Rocard, (n’en déplaise à Daniel BENSAID L’anti-Rocard ou les haillons de l’utopie, La Brèche, Paris, 1980), réclamait une condition : le discernement. L’on dit également depuis Montesquieu que la démocratie repose sur la vertu. Face au vacarme des passions, aux conduites de haine même, où trouver les capacités de lucidité citoyenne et de justice ?
La gauche chrétienne dans ce pays est-elle à la hauteur de ce qui se joue là ? Est-elle capable de participer à la recherche de voies différentes en vue du bien commun ?


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