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Appel pour une relance du christianisme social, pour des communes théologiques

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Article publié

Le christianisme et l’extrême droite : l’impossible alliance

par Stéphane Delpeyrat, maire de Saint-Médard-en-Jalles, vice-président de Bordeaux Métropole

mercredi 19 novembre 2025, par :

De plus en plus souvent, l’extrême droite se pare des symboles du christianisme. Elle parle de « civilisation chrétienne », de « racines chrétiennes », pour justifier la peur, l’exclusion, la fermeture. Mais tout, absolument tout, dans les Évangiles, contredit ce discours.
Le christianisme n’est pas une forteresse : c’est un chemin. Il ne bâtit pas des murs, il ouvre des routes. Il ne hiérarchise pas les hommes, il les relève. Le message du Christ ne se résume pas à un héritage culturel ou à une identité ; il est une exigence morale : la miséricorde avant la puissance, le pardon avant la vengeance, l’accueil avant le rejet.

« Ce que vous faites aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites. » (Matthieu 25, 40)

Quand la foi devient drapeau, l’Évangile est trahi
Il y a dans la récupération politique du christianisme par certains courants identitaires une forme d’imposture morale et spirituelle. Quand la foi devient drapeau, l’Évangile est trahi. On parle de « civilisation chrétienne » pour mieux désigner des ennemis, de « racines chrétiennes » pour mieux fermer des portes. On invoque Dieu pour sanctifier la peur, le repli, la hiérarchie des vies humaines.
Or tout, dans la parole du Christ, s’y oppose. 

Le christianisme n’est pas un patrimoine culturel : c’est une révolution spirituelle. Il n’est pas un héritage à défendre, mais une exigence à vivre. Il ne sépare pas les peuples, il les relie. Il ne justifie pas l’ordre établi, il l’interroge. Il ne glorifie pas la nation, il proclame la fraternité universelle.

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jean 3,16) : ces mots ne désignent pas une culture, mais l’humanité entière. Le Dieu de l’Évangile n’est pas le gardien d’une frontière, mais le visage de l’amour offert à tous.


Le renversement du Sermon sur la montagne

 (Matthieu 5 à 7) : Dans le Sermon sur la montagne Jésus proclame une révolution de la morale et du pouvoir :
« Heureux les pauvres de cœur »,
« Heureux les doux »,
« Heureux les artisans de paix ».
Ce texte est une insurrection spirituelle. Il renverse la logique du monde : la grandeur n’est plus dans la domination, mais dans le service ; la victoire n’est plus dans la force, mais dans la bonté.

 Le Christ, écrit Saint Augustin, « renverse l’orgueil des puissants et élève les humbles ». Pour Thomas d’Aquin, la miséricorde n’est pas une option, mais « la plus grande des vertus ». Elle est le visage de la justice divine.


Ce message reste insupportable à ceux qui veulent fonder la politique sur la peur, la pureté ou l’ordre. Les Béatitudes sont une subversion : elles proclament la dignité de ceux que le monde méprise. Elles rappellent, comme le redira plus tard Jacques, que « la foi sans les œuvres est morte » (Jacques 2,17).

 Là où certains se réfugient derrière le dogme ou la loi, Jésus exige la conversion intérieure :
« Ce ne sont pas ceux qui disent “Seigneur, Seigneur” qui entreront dans le Royaume, mais ceux qui font la volonté de mon Père » (Matthieu 7,21). 
La foi, sans l’amour, n’est qu’un simulacre.

 Le Bon Samaritain : l’autre comme lieu de Dieu

. Dans la parabole du Bon Samaritain (Luc 10, 25-37), Jésus renverse les certitudes religieuses et sociales. Ni le prêtre, ni le lévite ne s’arrêtent auprès du blessé ; seul l’étranger, le Samaritain méprisé, s’approche, soigne, paie et veille.

Ce choix est d’une portée politique immense : le vrai croyant n’est pas celui qui a les bons symboles, mais celui qui se fait proche. Le Samaritain est l’image de Dieu parce qu’il prend soin de l’homme.

 Karl Rahner écrivait :
« Le chrétien du futur sera un mystique, c’est-à-dire quelqu’un qui a fait l’expérience de Dieu, ou il ne sera plus chrétien du tout. »
. Or cette expérience ne se vit pas dans l’abstraction, mais dans la rencontre. Le Christ s’identifie à celui qui souffre : « J’étais étranger, et vous m’avez accueilli. » 

C’est la grande leçon du chapitre 25 de Matthieu : la foi n’est pas ce que l’on croit, mais ce que l’on fait. La question du jugement dernier n’est pas : As-tu cru ? mais : As-tu aimé ?
 Ce verset — « Ce que vous faites aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites » — abolit toute hiérarchie des vies. Il proclame l’égalité radicale des êtres.

Rejeter l’étranger, c’est rejeter le Christ


La foi contre la peur : 

L’extrême droite vend la peur comme une morale. Mais la peur est la négation même de la foi.
« Il n’y a pas de crainte dans l’amour ; l’amour parfait bannit la crainte » (1 Jean 4,18).

 Le christianisme n’a jamais été une religion de sécurité, mais de risque : le risque du lien, du pardon, de l’amour. Dietrich Bonhoeffer, théologien résistant assassiné par les nazis, écrivait :
« Le Christ ne nous appelle pas à une religiosité tranquille, mais à une existence livrée. »
 La foi chrétienne ne protège pas du monde : elle y engage.

Là où l’extrême droite prêche le repli, l’Évangile prêche la sortie :
« Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Matthieu 28,19).

 Le pape François, dans Fratelli Tutti, reprend la parabole du Bon Samaritain pour dénoncer le nationalisme contemporain :
« Chacun de nous est appelé à devenir un Samaritain, à sortir de ses appartenances, à reconnaître le frère dans l’étranger. »


La politique du soin : héritage chrétien, trahison nationaliste

. L’extrême droite instrumentalise le christianisme, mais en inverse la logique : elle transforme l’amour en identité, la foi en frontière, la charité en appartenance. C’est le contraire du message évangélique.
 Madeleine Delbrêl écrivait :
« Nous autres, gens de la rue, nous croyons que Dieu nous attend au tournant de la rue. »
 Le christianisme ne se vit pas dans les palais, mais dans la rue, auprès des blessés du monde.

Le Christ n’a pas glorifié la force, il a lavé les pieds de ses disciples (Jean 13,5). Il a refusé la couronne du pouvoir pour embrasser la croix du service. Hans Urs von Balthasar l’a rappelé : la vraie grandeur du christianisme est celle du « Dieu abaissé », non du Dieu triomphant.

Le courage d’aimer

Le chrétien ne bâtit pas des murs : il se penche sur celui qui gît au bord du chemin.
Il ne condamne pas : il console.
Il ne se replie pas : il relie.

Ce geste, humble et révolutionnaire, est la vérité de la foi. Aimer dans un monde de peur, c’est déjà résister.

Le Christ n’a jamais demandé qu’on défende son nom.
Il a demandé qu’on aime.


Conclusion : le choix du Christ contre le monde
Le christianisme n’est pas un héritage de pierre, mais une parole vivante.
 Il n’est pas un cri de possession, mais une main tendue.

 Comme l’écrivait Martin Luther King :
« L’amour n’est pas une option de la vie ; c’est la clef de notre survie. »

 Et si notre temps a besoin de réapprendre quelque chose du christianisme, c’est cela :
 que l’amour est plus fort que la peur,
que la justice est plus profonde que la loi,
 et que la fraternité est la seule frontière digne de ce nom.


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